Catégorie : Anxiété et TOC

  • TOC : pourquoi vérifier ne rassure jamais longtemps

    Vous fermez, vous repartez, et le doute est revenu avant d’avoir fait cent mètres. La vérification soulage sur l’instant, puis le soulagement s’efface et le geste recommence. Cet article explique pourquoi ce mécanisme tient si mal dans le temps, et ce qu’un travail thérapeutique propose à la place.

    Avertissement de contenu. Cet article évoque des obsessions portant sur l’erreur, l’accident et la responsabilité dans un dommage. Il est écrit au général, à titre d’information : il ne constitue ni une évaluation, ni un avis clinique individuel, ni une indication de traitement.

    Si vous traversez un moment de détresse, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 heures sur 24. En cas d’urgence vitale, appelez le 15.

    Vérifier, au sens clinique du terme

    Le trouble obsessionnel compulsif associe deux éléments. D’un côté des obsessions, que la Haute Autorité de santé décrit comme des pensées, impulsions ou représentations récurrentes et persistantes, qui s’imposent sans être voulues. De l’autre des compulsions, c’est-à-dire des comportements ou des actes mentaux répétitifs que la personne se sent obligée d’accomplir. L’Inserm cite les rituels de rangement, de lavage et de vérification parmi les plus courants.

    La vérification a une particularité : elle porte presque toujours sur une erreur possible. L’Assurance maladie la décrit comme la peur obsédante d’avoir commis une erreur ou d’avoir été inattentif. Le geste peut être visible (revenir sur ses pas, rouvrir une porte) ou presque invisible pour l’entourage : relire trois fois un message, repasser mentalement un trajet, demander à quelqu’un de confirmer.

    Ce n’est ni rare ni tardif : selon l’Inserm, 2 à 3 % de la population générale est concernée, et 65 % des cas débutent avant 25 ans.

    Le cercle, en version courte

    Le mécanisme se décrit en quatre temps. Une situation déclenche un doute, le doute produit de l’anxiété, l’anxiété pousse au geste, et le geste fait baisser l’anxiété. Psycom le formule simplement : l’exécution du rituel apporte un apaisement, mais celui-ci est bref et temporaire.

    Ce cercle est détaillé dans un autre article de ce blog, consacré aux TOC sans compulsion visible. La question posée ici est différente : pourquoi la vérification, précisément, ne tient-elle jamais longtemps ?

    Trois raisons pour lesquelles vérifier se retourne contre soi

    1. Le soulagement enseigne le geste

    Quand l’anxiété retombe juste après une vérification, une conclusion se forme sans qu’on la décide : c’est la vérification qui a fait retomber l’anxiété. Psycom décrit cet apprentissage en une phrase : le cerveau enregistre que la compulsion, même jugée absurde, permet de faire cesser l’émotion négative. Le problème est que la démonstration inverse n’est jamais faite. Tant que le geste est accompli, il est impossible de constater que l’anxiété aurait baissé seule, un peu plus lentement. Le geste devient donc la condition du calme, et sa nécessité se renforce à chaque répétition.

    2. La répétition abîme la confiance dans le souvenir

    C’est le point le plus contre-intuitif, et pourtant documenté. Dans une étude classique, Marcel van den Hout et Merel Kindt ont fait vérifier plusieurs fois de suite le même dispositif à des participants, puis ont mesuré leur souvenir. La précision ne se dégradait pas, mais la vivacité, le niveau de détail et la confiance accordée au souvenir, si.

    Mark Boschen et Dean Vuksanovic ont retrouvé cet effet et l’ont comparé entre un groupe de personnes ayant un trouble obsessionnel compulsif et un groupe témoin. Résultat : la vérification répétée abîme la confiance en mémoire chez tout le monde, y compris chez des personnes sans TOC, et cette dégradation est nettement accentuée chez les personnes avec TOC lorsqu’elles agissent sous un fort sentiment de responsabilité.

    Autrement dit, le doute n’est pas seulement ce qui déclenche la vérification : il en est aussi un produit. Plus on vérifie, moins le souvenir est net, donc moins il rassure, donc plus il faut vérifier. La dixième vérification est ainsi souvent moins convaincante que la première.

    3. Le critère d’arrêt est une sensation, pas un fait

    Dans une vérification ordinaire, on s’arrête quand l’information est obtenue : la porte est fermée, c’est réglé. Dans une compulsion, on s’arrête quand une sensation interne est atteinte, quand ça fait suffisamment bien. Or ce seuil bouge avec la fatigue, l’anxiété du jour, l’enjeu attribué à la situation. Un critère mobile ne peut pas être satisfait durablement, quel que soit le nombre de répétitions.

    À ces trois mécanismes s’ajoute souvent la réassurance demandée à un proche : elle fonctionne comme une vérification, avec les mêmes effets, mais effectuée par quelqu’un d’autre. Un entourage très coopérant peut ainsi, sans le vouloir, contribuer à maintenir le cercle.

    Une situation fictive, pour rendre le mécanisme visible

    La situation qui suit est fictive et composite. Elle ne décrit aucune personne reçue en consultation et sert uniquement d’illustration.

    Une personne quitte son domicile le matin. Avant de sortir, elle vérifie la plaque de cuisson : elle la regarde, met la main au-dessus, compte jusqu’à trois. L’anxiété baisse. Dans l’ascenseur, une image apparaît : un départ de feu, les voisins, sa responsabilité. Elle remonte. La plaque est éteinte, l’anxiété baisse à nouveau, un peu moins qu’avant. Dans la rue, elle cherche à se rappeler ce qu’elle a vu la deuxième fois : le souvenir est plat, presque interchangeable avec le premier. Elle prend alors une photo, pour avoir une preuve. Quelques semaines plus tard, la photo ne suffit plus, car elle pourrait dater de la veille.

    Pris séparément, aucun de ces gestes n’est irrationnel : chacun est une tentative raisonnable d’obtenir une certitude. C’est leur accumulation qui produit l’effet inverse de celui recherché.

    L’exposition avec prévention de la réponse, sans jargon

    Dans son guide sur les troubles anxieux graves, la Haute Autorité de santé indique que les thérapies cognitives et comportementales sont le traitement de choix du trouble obsessionnel compulsif, et précise qu’elles reposent sur l’exposition avec prévention de la réponse. Le même guide donne un ordre de grandeur pour la majorité des situations : au moins 25 séances de 45 minutes environ. L’Inserm place en première intention ces mêmes thérapies et une famille de médicaments antidépresseurs, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, seuls ou associés selon les situations. Le choix et la prescription d’un médicament relèvent d’une décision médicale, et non d’une psychologue.

    Le nom est technique, le principe l’est moins. Il tient en six opérations.

    • Décrire le cercle précisément. Quelle situation, quelle pensée, quel dommage redouté, quel geste, combien de temps, et à quoi se reconnaît le moment où c’est « assez ».
    • Classer les situations par difficulté. La personne cote elle-même ce qui lui paraît accessible, et l’ordre de travail suit cette échelle.
    • S’exposer volontairement. On se place dans la situation qui déclenche le doute, au lieu de l’éviter ou de l’aménager.
    • Ne pas faire le geste. C’est la prévention de la réponse, et c’est la partie qui manque le plus souvent quand une personne a déjà essayé seule. Ne pas le faire inclut ne pas le remplacer : pas de photo, pas de question à un proche, pas de relecture mentale de la scène.
    • Attendre et observer. L’anxiété monte, se maintient, puis redescend d’elle-même. C’est là l’information neuve, celle qui contredit l’apprentissage décrit plus haut.
    • Répéter, y compris entre les séances. Psycom le dit sans enjoliver : c’est une thérapie exigeante qui demande des efforts quotidiens entre les séances.

    Un point est souvent mal compris : l’objectif n’est pas d’obtenir enfin la certitude que la plaque est éteinte. La certitude absolue n’existe pour personne, et la chercher est précisément ce qui alimente le cercle. L’objectif est de pouvoir agir sans elle, avec un doute redevenu supportable. Et une orientation de première intention ne signifie pas que la méthode fonctionne pour tout le monde, au même rythme, ni qu’un résultat puisse être garanti à l’avance.

    Ce qu’un suivi apporte, et ce qu’il ne fait pas

    Un suivi ne consiste pas à rassurer : confirmer à quelqu’un que sa porte était bien fermée, c’est accomplir sa vérification à sa place. Il ne consiste pas non plus à discuter du contenu de l’obsession pour démontrer qu’elle est improbable : le raisonnement tient dix minutes, puis le doute revient. Ce qu’un accompagnement permet se situe ailleurs :

    • mettre à plat le cercle, y compris les vérifications discrètes que la personne ne comptait pas comme telles ;
    • doser la progression, de façon que les exercices soient difficiles mais tenables, ce qui est presque impossible à régler seul ;
    • travailler le sentiment de responsabilité excessive, dont les travaux cités plus haut montrent qu’il aggrave le doute ;
    • associer l’entourage pour sortir du rôle de pourvoyeur de réassurance, sans le transformer en surveillant ;
    • articuler le travail avec le médecin traitant ou le psychiatre lorsqu’un traitement médicamenteux est envisagé, cette décision étant médicale et non psychologique.

    Quand en parler à un professionnel

    Il n’existe pas de seuil chiffré. Les critères habituellement retenus sont le temps consommé chaque jour, le retentissement sur le travail, le sommeil et la vie relationnelle, l’extension des évitements, et le fait que l’entourage soit intégré aux rituels. Un signe est particulièrement parlant : le temps passé à vérifier augmente alors que la tranquillité obtenue diminue.

    Les points d’entrée sont le médecin généraliste, un centre médico-psychologique (sans avance de frais), ou un psychologue formé aux thérapies cognitives et comportementales.

    Bibliographie

    • Inserm, dossier Troubles obsessionnels compulsifs (TOC), inserm.fr
    • Haute Autorité de santé, Guide médecin ALD n° 23, Troubles anxieux graves, juin 2007, section 8.2 et annexe 2, has-sante.fr (PDF)
    • Psycom, Le TOC et les troubles apparentés, psycom.org
    • Van den Hout, M. A. et Kindt, M., « Repeated checking causes memory distrust », Behaviour Research and Therapy, 2003, vol. 41, p. 301-316 (référence citée sans lien, article sous abonnement)
    • Boschen, M. J. et Vuksanovic, D., « Deteriorating memory confidence, responsibility perceptions and repeated checking : comparisons in OCD and control samples », Behaviour Research and Therapy, 2007, vol. 45, n° 9, p. 2098-2109 (référence citée sans lien, article sous abonnement)

    Pour aller plus loin

    Si vous vous reconnaissez dans ce fonctionnement et que vous souhaitez en parler, vous pouvez prendre rendez-vous en visio ou m’adresser votre question depuis la page Prendre rendez-vous. Un premier échange sert d’abord à comprendre ce qui se joue et à décider ensemble de la suite, sans engagement de votre part.

  • Pensées intrusives : ce qu’elles ne disent pas de vous

    Avertissement de contenu. Cet article évoque des pensées intrusives dont le contenu peut être violent, sexuel ou choquant. Il décrit des mécanismes généraux, à l’échelle d’un groupe, et ne remplace en aucun cas un avis clinique adressé à une personne précise.

    En cas de détresse psychique, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En cas d’urgence vitale, appelez le 15. D’autres ressources sont réunies sur la page Aide et urgences.

    Une pensée qui surgit sans prévenir, absurde, violente ou gênante, n’est pas un aveu. C’est un phénomène ordinaire du fonctionnement mental, que la quasi-totalité des gens connaissent. Ce qui distingue une pensée passagère d’une pensée qui envahit une vie ne tient pas à son contenu, mais à la place qu’elle finit par prendre.

    Ce qu’on appelle une pensée intrusive

    Une pensée intrusive est une pensée, une image ou une impulsion qui surgit sans avoir été appelée, et qui est ressentie comme déplacée. Le guide de la Haute Autorité de santé sur les troubles anxieux reprend cette formulation pour définir les obsessions : des pensées, impulsions ou représentations récurrentes et persistantes, ressenties comme intrusives et inappropriées. L’Inserm les décrit de son côté comme des pensées récurrentes et angoissantes, dont la personne reconnaît qu’elles viennent de sa propre activité mentale.

    Les contenus les plus souvent rapportés sont d’une grande banalité clinique : l’idée de crier en plein silence, l’image de lâcher un objet fragile, celle de se pencher trop près d’un bord, une image sexuelle sans rapport avec la situation, ou la pensée d’un geste violent envers une personne aimée. Le point commun de ces contenus est frappant : ils vont presque toujours à rebours de ce que la personne pense, veut et défend.

    Presque tout le monde en a

    C’est sans doute l’information la plus utile de cet article, et la moins connue. Une étude internationale publiée en 2014 a interrogé des personnes sans trouble psychiatrique identifié, sur quinze sites urbains, treize pays et six continents. Parmi les participants retenus, 93,6 % rapportaient avoir eu au moins une pensée intrusive au cours des trois mois précédents. L’Inserm le formule simplement : avoir des pensées intrusives est fréquent, normal, et généralement sans conséquence sur la vie quotidienne.

    Autrement dit, la question cliniquement pertinente n’est pas de savoir si quelqu’un a des pensées intrusives, mais ce qui se passe ensuite. Deux personnes peuvent avoir exactement la même pensée, au même moment : l’une la laisse passer sans y prêter attention, l’autre s’en alarme et tente quelque chose contre elle. Les deux trajectoires n’ont rien à voir.

    Une pensée n’est pas une intention

    Penser n’est pas vouloir

    Une intention suppose un but, une orientation et, le plus souvent, une préparation. Elle s’accompagne d’un mouvement vers la chose. Une pensée intrusive fonctionne à l’inverse : elle arrive contre le gré de la personne, elle la traverse, elle produit de l’effroi plutôt que de l’élan. L’horreur ressentie n’est pas une preuve de dangerosité, elle est le signe que le contenu de la pensée contredit les valeurs de celui ou celle qui la reçoit.

    Le glissement entre la pensée et l’acte

    Les thérapies cognitives et comportementales ont donné un nom à un mécanisme très répandu, la fusion entre la pensée et l’action. Le terme est technique, l’idée ne l’est pas. Elle recouvre deux glissements. Le premier est moral : traiter le fait d’avoir pensé une chose comme s’il équivalait, ou presque, au fait de l’avoir commise. Le second est probabiliste : croire que penser à un événement augmente le risque qu’il se produise.

    Ces deux glissements transforment un phénomène banal en signal d’alarme. Une pensée qui ne voulait rien dire devient une preuve à examiner, et l’examen occupe du temps, de l’attention et de l’énergie.

    Une situation fictive, composée à partir de motifs cliniques courants. Une personne prépare le repas et l’image d’un geste violent avec le couteau qu’elle tient lui traverse l’esprit. Elle repose le couteau, le range en hauteur, et décide de ne plus cuisiner quand quelqu’un est à la maison. Le soulagement est immédiat. Quelques jours plus tard, l’image revient, avec un autre objet. Ce n’est pas le couteau qui était le problème, c’est le sens donné à l’image et le geste de mise à distance qui a suivi.

    Pourquoi lutter contre une pensée la renforce

    Deux mécanismes distincts se combinent ici, et il est utile de les séparer.

    Le premier est l’effet paradoxal de la suppression. Une série d’expériences devenue classique, publiée en 1987, a consisté à demander à des participants de ne surtout pas penser à un ours blanc, puis de dire à voix haute tout ce qui leur passait par la tête. La pensée interdite revenait pendant la consigne, et revenait davantage encore une fois la consigne levée. Chercher activement à ne pas penser à quelque chose oblige à vérifier qu’on n’y pense pas, et cette vérification ramène précisément le contenu visé.

    Le second mécanisme est celui de l’apprentissage. Face à l’anxiété déclenchée par la pensée, des gestes s’installent : vérifier, demander à un proche d’être rassuré, chercher une réponse en ligne, répéter une phrase mentalement, remplacer l’image par une autre, éviter un objet, un lieu ou une personne. Ces gestes soulagent, réellement et tout de suite. C’est exactement ce qui pose problème. Le soulagement enseigne deux choses fausses : que la pensée était bien dangereuse, et que le geste était nécessaire pour éviter le pire.

    Le cercle se referme ainsi : une obsession déclenche de l’anxiété, une compulsion fait baisser l’anxiété, et la baisse rend la compulsion plus probable la fois suivante. Le soulagement est de plus en plus bref, et le geste de plus en plus fréquent. L’Inserm décrit cette mécanique comme le cœur du trouble obsessionnel compulsif.

    Ce qui fait passer d’une pensée banale à un trouble

    Aucun contenu de pensée ne fait à lui seul un trouble. Les repères utilisés en clinique portent sur autre chose : le temps occupé dans une journée, l’intensité de la souffrance, l’étendue des évitements mis en place, et le retentissement sur le travail, le sommeil et les relations. Le trouble obsessionnel compulsif concerne 2 à 3 % de la population générale selon l’Inserm, ce qui en fait l’un des troubles psychiatriques les plus fréquents, et il débute le plus souvent avant 25 ans.

    Deux précisions évitent des confusions courantes. D’une part, les images qui reviennent après un événement traumatique relèvent d’une autre logique, celle des reviviscences, décrite dans l’article sur les signes d’un psychotraumatisme. D’autre part, il existe des formes de trouble obsessionnel compulsif où les compulsions sont entièrement mentales et donc invisibles, traitées dans l’article sur les TOC purement mentaux.

    Quand consulter

    Les éléments qui suivent sont des repères généraux, et non une grille d’autodiagnostic. Ils décrivent des situations dans lesquelles un avis professionnel est habituellement utile.

    • Les pensées occupent une part notable de la journée, au point d’empiéter sur le reste.
    • Des gestes de vérification, de réassurance ou de neutralisation se sont installés et se répètent.
    • Des situations, des objets ou des personnes sont évités pour ne pas déclencher la pensée.
    • Le sujet n’a jamais été abordé avec personne, par honte du contenu des pensées.
    • Le sommeil, le travail, la vie de couple ou la relation aux enfants se dégradent.

    Le trouble reste souvent discret pendant des années avant d’être repéré, notamment parce que le contenu des pensées est jugé inavouable par la personne elle-même. Ce délai n’a rien d’une fatalité, et il constitue souvent la première chose qu’un entretien permet de lever.

    Ce qu’un suivi peut travailler

    Pour le trouble obsessionnel compulsif, la Haute Autorité de santé désigne les thérapies cognitives et comportementales comme le traitement de choix, fondées sur l’exposition avec prévention de la réponse, et mentionne un ordre de grandeur d’au moins vingt-cinq séances d’environ quarante-cinq minutes. L’Inserm situe au même niveau ces thérapies et, selon les situations, un traitement médicamenteux prescrit par un médecin.

    Derrière le terme d’exposition avec prévention de la réponse, le principe est simple à énoncer et exigeant à mettre en œuvre : s’approcher progressivement de ce qui déclenche la pensée, et ne pas faire le geste qui soulage, afin de constater que l’anxiété redescend d’elle-même, sans le geste. Le travail cognitif qui l’accompagne ne porte pas sur le contenu des pensées, qu’il est vain de discuter, mais sur le statut qu’on leur accorde. Un suivi peut aussi porter sur l’entourage, qui participe souvent aux rituels sans le vouloir, par exemple en rassurant à la demande.

    Une réserve s’impose ici. Les données disponibles décrivent des résultats moyens observés sur des groupes, et aucun accompagnement ne garantit un résultat individuel. Un travail de ce type demande du temps, une régularité, et l’acceptation d’un inconfort temporaire, ce qui n’a rien d’anodin et se décide avec le professionnel consulté.

    Sources

    Si des pensées de ce type occupent une place envahissante dans votre quotidien, ou si vous hésitez à en parler à quelqu’un, vous pouvez me poser une question ou prendre rendez-vous pour un premier entretien en visio. Il n’est pas nécessaire de savoir nommer ce qui se passe pour venir en parler.

  • TOC purement mentaux : quand la pensée intrusive porte sur le pire

    Quand on parle de trouble obsessionnel compulsif, on pense au lavage de mains, aux vérifications, à l’ordre et à la symétrie. Il existe une forme du trouble qui ne se voit pas du tout : les compulsions se déroulent entièrement dans la tête. C’est l’une des raisons pour lesquelles les personnes concernées attendent, en moyenne, des années avant d’en parler.

    Une pensée intrusive n’est pas un désir

    Commençons par le fait le plus important, et le plus mal connu : les pensées intrusives sont universelles. Les travaux menés sur des populations non cliniques montrent que la très grande majorité des personnes ont régulièrement des pensées absurdes, choquantes ou violentes qui surgissent sans être invitées. Pousser quelqu’un sur les rails. Lâcher le volant. Une image sexuelle déplacée. La plupart des gens les remarquent à peine, haussent les épaules, et passent à autre chose.

    Ce qui distingue le TOC, ce n’est donc pas la présence de la pensée : c’est l’interprétation catastrophique qui en est faite — « si j’ai pensé ça, cela veut dire quelque chose sur moi ». À partir de là, une mécanique se met en place : angoisse, tentative de neutraliser l’angoisse, soulagement bref, puis retour de la pensée, plus forte.

    Des compulsions invisibles

    Dans les formes dites purement mentales, les compulsions ne se voient pas de l’extérieur, mais elles sont là — et elles peuvent occuper plusieurs heures par jour :

    • repasser la scène en revue pour vérifier qu’il ne s’est rien passé ;
    • scruter ses propres sensations corporelles ou son ressenti pour vérifier qu’on n’a rien éprouvé de suspect ;
    • se répéter mentalement des arguments rassurants, prier, compter ;
    • chercher la réassurance auprès d’un·e proche, d’un moteur de recherche, d’un forum ;
    • éviter les situations, les lieux et les personnes qui déclenchent la pensée.

    Ces stratégies ont un point commun : elles soulagent quelques minutes et entretiennent le problème sur le long terme. Chaque vérification apprend au cerveau que la pensée était bien dangereuse.

    Les thèmes qui font le plus honte

    Le TOC choisit ses thèmes avec une précision cruelle : il s’attaque à ce qui compte le plus pour la personne. Un parent aimant aura des pensées de faire du mal à son enfant. Une personne profondément croyante aura des pensées blasphématoires. Quelqu’un de très attaché à son couple doutera de ses sentiments. Et une personne pour qui la protection des enfants est une valeur centrale peut se retrouver assaillie par des pensées intrusives à contenu pédocriminel.

    Cette dernière forme est probablement la plus enfermante, parce qu’elle est indicible. La personne n’ose la nommer à personne — parfois pas même à un·e professionnel·le — par peur d’être prise pour un danger, dénoncée, ou de perdre la garde de ses enfants. Elle s’organise en silence : ne plus donner le bain, ne plus rester seule avec un neveu ou une nièce, refuser un poste, éviter les écoles, se surveiller en permanence. Le retentissement sur la vie est majeur, et le désespoir peut aller jusqu’aux idées suicidaires.

    Un point clinique décisif

    Il existe une différence nette, et bien établie, entre une pensée intrusive obsessionnelle et un intérêt sexuel déviant. L’obsession est égodystonique : elle est vécue comme étrangère, contraire aux valeurs de la personne, et elle provoque de l’horreur, du dégoût et une angoisse intense. C’est précisément cette détresse qui signe le TOC. Un intérêt paraphilique, à l’inverse, est égosyntonique : il est recherché, alimenté, et ne provoque pas ce type d’effroi.

    Autrement dit : la personne qui passe ses nuits terrifiée à l’idée d’être un monstre décrit un trouble anxieux, pas une dangerosité. Cela ne dispense évidemment pas d’une évaluation clinique sérieuse — c’est le travail du ou de la professionnel·le — mais le silence, lui, ne protège personne.

    Ce qui aide

    La psychoéducation, d’abord : comprendre le mécanisme désamorce déjà une partie de la panique. Puis le travail de fond, qui consiste à s’exposer progressivement à la pensée redoutée tout en renonçant aux compulsions, y compris mentales : c’est l’exposition avec prévention de la réponse, dont l’efficacité est la mieux documentée dans le TOC. Les approches issues de la thérapie d’acceptation et d’engagement y ajoutent un travail utile : apprendre à laisser une pensée passer sans se battre avec elle, sans chercher à la prouver fausse. Dans certains cas, un traitement médicamenteux prescrit par un médecin vient soutenir ce travail.

    Pour les proches

    Rassurer ne soulage que sur le moment et renforce le trouble. Ce qui aide vraiment, c’est d’accueillir sans dramatiser, de ne pas participer aux vérifications, et d’encourager la personne à consulter quelqu’un de formé au TOC.

    Si vous êtes concerné·e

    Vous n’avez pas à trouver les bons mots avant de consulter. On peut commencer par : « j’ai des pensées qui me terrifient et je n’arrive pas à les dire. » C’est suffisant. Et en cas de détresse immédiate, le 3114 est joignable 24h/24, gratuitement.

    Cet article a une visée d’information et ne remplace pas une évaluation clinique individuelle.