Groupes de parole : ce qu’ils apportent, et pourquoi ça marche

« Je ne vois pas ce que ça m’apporterait d’entendre les problèmes des autres. » C’est souvent la première réaction quand un groupe de parole est proposé. Puis, au bout de deux ou trois séances, la phrase change : « Je croyais que j’étais la seule à faire ça. »

Ce qu’un groupe fait, et qu’un entretien individuel ne peut pas faire

Dans un accompagnement individuel, la personne se confronte à son histoire à travers le regard d’un·e professionnel·le. C’est précieux, mais c’est un regard payé pour être bienveillant, et beaucoup de personnes le savent très bien. Dans un groupe, la reconnaissance vient de quelqu’un qui n’a aucune raison de faire semblant, et qui est passé·e par là. Cela n’a pas le même poids.

Les travaux sur les thérapies de groupe, à la suite d’Irvin Yalom, ont identifié plusieurs mécanismes qui expliquent cet effet :

  • l’universalité : découvrir que sa réaction, qu’on croyait honteuse ou anormale, est partagée ;
  • l’espoir : voir quelqu’un qui est arrivé un peu plus loin sur le même chemin ;
  • l’altruisme : redevenir utile à quelqu’un, ce qui restaure une image de soi souvent abîmée ;
  • l’apprentissage interpersonnel : le groupe rejoue en miniature les manières de se lier, et permet de les observer en direct ;
  • la cohésion : le simple fait d’avoir un endroit où l’on est attendu·e.

Rompre l’isolement, très concrètement

L’isolement n’est pas seulement une question de nombre de personnes autour de soi. On peut être très entouré·e et n’avoir personne à qui dire cette chose-là. Les proches se fatiguent, s’inquiètent, veulent aider trop vite, ou ne comprennent pas. Dans un groupe, on peut parler sans avoir à ménager celui ou celle qui écoute, sans avoir à traduire, sans avoir à rassurer ensuite.

Le cadre fait tout

Un groupe de parole n’est pas une discussion informelle. Il tient sur quelques règles simples et non négociables :

  • la confidentialité stricte de ce qui est dit ;
  • le non-jugement, et la liberté de se taire ;
  • l’absence de conseils imposés ;
  • une régularité et une durée annoncées à l’avance ;
  • une ou deux personnes qui animent et garantissent ce cadre.

Un bon groupe protège aussi ses participant·es du récit trop cru. On n’y détaille pas les scènes traumatiques : cela ne soigne personne et peut mettre les autres en difficulté. On y parle de ce que cela produit, de ce qu’on met en place, de ce qui coince.

À qui cela s’adresse

Les groupes fonctionnent particulièrement bien lorsque l’expérience partagée est précise : personnes concernées par un trouble psychique, proches et familles, victimes de violences, personnes endeuillées, aidant·es, professionnel·les exposé·es. J’ai animé des groupes en milieu hospitalier auprès de personnes vivant avec un trouble bipolaire et auprès de leurs proches ; ce qui frappe, dans les deux cas, c’est la vitesse à laquelle la honte baisse.

Un groupe n’est pas un substitut à un suivi individuel, et les deux se combinent très bien. Il y a aussi des moments où ce n’est pas indiqué : en phase aiguë, quand la personne est trop vulnérable pour supporter les récits des autres, ou quand ce qu’elle traverse demande d’abord un espace à elle seule.

Si vous hésitez

On peut venir écouter. La plupart des groupes n’exigent pas de prendre la parole, et personne ne vérifie que vous avez « assez parlé ». La première séance sert souvent uniquement à vérifier qu’on peut y respirer.

Cet article a une visée d’information. Pour savoir si un groupe est adapté à votre situation, le plus simple reste d’en parler en entretien individuel.

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