Auteur : Marie Bézille

  • Suivre une thérapie en français depuis l’étranger

    Avant de lire. Cet article donne des repères généraux sur le suivi psychologique à distance depuis l’étranger. Il ne remplace pas un entretien et ne constitue pas un avis sur votre situation personnelle, qui ne peut s’apprécier qu’en consultation.

    En cas d’urgence. Si vous êtes en France et que vous pensez au suicide, le 3114 répond 24 heures sur 24, gratuitement, et le 15 en cas d’urgence vitale. Si vous vivez à l’étranger, repérez le numéro d’urgence local avant d’en avoir besoin : le 112 fonctionne dans toute l’Union européenne, et le consulat de France dont vous dépendez peut vous orienter vers des services sur place. Une consultation à distance ne remplace jamais une prise en charge d’urgence dans le pays où vous vous trouvez.

    Vous vivez hors de France et vous aimeriez parler votre langue avec un psychologue. Cette demande revient souvent, et elle n’a rien d’un confort : la langue dans laquelle on a grandi est aussi celle dans laquelle les souvenirs et les émotions se sont déposés. Reste à savoir ce qu’un suivi en français depuis l’étranger suppose vraiment, côté cadre, côté organisation et côté argent. Voici des repères pour y voir clair avant de commencer.

    Pourquoi la langue compte autant

    Beaucoup de personnes installées à l’étranger parlent très bien la langue du pays. Elles travaillent, elles se soignent, elles élèvent leurs enfants dans cette langue. Et pourtant, quand il s’agit de raconter une peur ancienne ou de nommer ce qui s’est passé dans l’enfance, le mot juste manque. On dit le fait, on ne dit pas la nuance. Et traduire en continu demande une attention qui n’est plus disponible pour le reste.

    Il y a aussi le cas, très courant, d’un suivi commencé en France et interrompu par un départ. Reprendre avec la même personne, ou au moins dans la même langue, évite de refaire tout le chemin du récit depuis le début.

    Enfin, certaines situations sont françaises par nature. Une plainte déposée en France, une procédure qui continue pendant que vous vivez ailleurs, des courriers administratifs à comprendre : un professionnel qui connaît ces rouages vous épargne de longues explications de contexte à chaque séance.

    Sous quel cadre le suivi se déroule

    Une psychologue installée en France exerce sous le cadre français, quel que soit le pays où vous vous trouvez au moment de la séance. En France, le titre de psychologue est protégé et l’exercice suppose un enregistrement : « Pour être habilités à exercer, les psychologues doivent être inscrits dans un répertoire national », rappelle Santé.fr. Ce répertoire est aujourd’hui le RPPS, qui a remplacé l’ancien fichier Adeli. Vous pouvez demander ce numéro, et c’est une question légitime, y compris à distance.

    Le code de déontologie des psychologues, dans sa version de 2021, s’applique de la même façon en visio qu’en cabinet. Il impose le secret professionnel, et il demande que le consentement soit recherché après une information claire sur les objectifs, les modalités, le coût éventuel et les limites de l’intervention (article 9). Un article porte précisément sur la distance : le psychologue « privilégie la rencontre effective à toute forme de communication à distance » et, lorsqu’il y recourt, doit rester personnellement identifiable, sécuriser les échanges et tenir compte des limites de cette pratique (article 24). Autrement dit, la visio n’est pas interdite, elle est encadrée, et elle suppose d’en reconnaître les angles morts.

    Il faut dire aussi ce que ce cadre ne couvre pas, parce que c’est souvent la mauvaise surprise. Un suivi à distance ne vous inscrit pas dans le système de soins du pays où vous vivez. Si un relais local devient nécessaire, par exemple un médecin pour une question de traitement, un service d’urgence ou une prise en charge hospitalière, il se trouve sur place et non au bout d’une connexion. Mieux vaut le savoir dès le début que le découvrir un mauvais soir.

    Le décalage horaire, et ce qu’il impose

    Le décalage n’est pas un détail d’intendance, il décide de la régularité du suivi. Au-delà de quelques heures d’écart, le nombre de créneaux réellement praticables fond : il faut une heure tenable des deux côtés, ni une pause déjeuner avalée, ni le milieu de la nuit. Il vaut mieux poser cette contrainte avant la première séance et réserver un horaire fixe, plutôt que de chercher un créneau différent chaque semaine.

    Un point passe souvent inaperçu : les changements d’heure ne tombent pas partout aux mêmes dates. L’Union européenne change le dernier dimanche de mars et le dernier dimanche d’octobre, d’autres pays changent à d’autres dates, et beaucoup ne changent pas du tout. Résultat, l’écart entre vous et la France bouge deux fois par an et un rendez-vous peut se décaler d’une heure sans que personne n’ait rien modifié. Une confirmation qui mentionne le fuseau horaire des deux côtés règle la plupart de ces malentendus.

    Payer, et ce qui peut être remboursé

    C’est le point sur lequel il faut être direct : installée hors de France, vous sortez en général du système de remboursement français. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères le formule sans détour dans son guide à destination des Français à l’étranger : « Les prestations sociales du système français de sécurité sociale ne sont pas exportables à l’étranger ». Le fait que la psychologue exerce en France n’y change rien.

    Le dispositif public « Mon soutien psy » n’est pas praticable non plus pour qui vit loin, et pour une raison matérielle : les séances de suivi peuvent se tenir à distance, mais pas la première. Le service public Mon Parcours Handicap précise que l’entretien initial est réalisé « uniquement en présentiel ». Sans ce premier rendez-vous sur place, le reste du parcours ne s’ouvre pas.

    Restent les couvertures privées, et là tout dépend de votre contrat. Une mutuelle française conservée après le départ, une assurance pour expatriés, parfois une couverture liée à l’employeur : certaines prennent en charge des séances de psychologue, d’autres pas du tout. La seule méthode fiable est de demander par écrit, avant de commencer, si les séances de psychologue sont couvertes, sur quelle base, et quelles mentions la facture doit porter. Côté règlement, le virement européen fonctionne sans frais et un lien de paiement en ligne couvre les autres cas. Vous devez recevoir une facture nominative pour chaque séance.

    Ce qui change en visio, et ce qui ne change pas

    Commençons par ce qui ne change pas, parce que c’est l’essentiel : le cadre, la régularité, le secret professionnel et le travail lui-même. On ne travaille pas différemment parce qu’on est séparés par un écran. Sur la question de l’efficacité, les données disponibles sont rassurantes et je les ai détaillées dans un autre article de ce blog.

    Ce qui change relève surtout du concret. Vous voyez le haut du corps et pas la personne entière, les silences ne pèsent pas tout à fait de la même manière, et une connexion qui coupe au mauvais moment fait partie des choses à prévoir plutôt qu’à redouter. Le point le plus difficile est souvent le lieu. Le code de déontologie impose au psychologue une installation dans des locaux qui garantissent la confidentialité (article 6). De votre côté, il faut un endroit où vous ne risquez pas d’être entendu·e, ce qui n’est pas simple dans un logement partagé ou avec des enfants à la maison. Une voiture, un bureau fermé, un casque : les solutions existent, elles se préparent.

    Les données, enfin. Une séance ne s’enregistre pas, et les contenus sensibles ne circulent pas par une messagerie personnelle. La CNIL rappelle que l’externalisation de données de santé doit respecter les conditions de sécurité prévues par le code de la santé publique. Un outil choisi pour cela, et une règle claire sur ce qui s’échange entre deux séances, suffisent à poser les choses.

    Une situation, pour rendre les choses concrètes

    L’exemple qui suit est fictif et composite. Il ne décrit aucune personne réelle et sert uniquement à illustrer le propos.

    Imaginons une personne installée depuis deux ans dans un pays situé à sept heures de la France. Elle avait commencé un suivi avant son départ, l’a interrompu au moment du déménagement, et souhaite le reprendre. Ce qui demande le plus d’ajustement, dans ce genre de reprise, n’est pas le contenu des séances : c’est le cadre. Trouver une heure qui tienne des deux côtés pendant plusieurs mois. Trouver une pièce où parler sans baisser la voix. Accepter de repérer, sans attendre d’en avoir besoin, un médecin et un numéro d’urgence sur place. Une fois ces trois points réglés, le suivi ressemble beaucoup à n’importe quel autre suivi.

    Quelques points à régler avant la première séance

    Rien de tout cela n’est compliqué, mais y penser à l’avance évite des semaines de bricolage.

    • Demander le numéro d’enregistrement national du professionnel, et le vérifier si vous le souhaitez.
    • Dire d’emblée où vous vivez, quel est le décalage, et à quelles heures vous êtes réellement disponible.
    • Convenir de ce qui se passe si la connexion coupe, et d’un moyen de se rappeler.
    • Repérer le numéro d’urgence du pays où vous êtes, et si possible un médecin sur place.
    • Clarifier le mode de règlement et ce que votre couverture santé accepte, avant de commencer.

    Ces précautions ne sont pas des formalités administratives. Elles servent à ce que le suivi tienne dans le temps, ce qui est précisément ce qui le rend utile.

    Sources

    • Code de déontologie des psychologues, version consolidée du 9 septembre 2021, signée par les organisations réunies dans le CERéDéPsy (articles 6, 9, 13, 22, 24 et 25). Texte en PDF
    • Santé.fr, « Santé mentale : trouver un psychothérapeute », contenu rédigé par Psycom, publié le 11 août 2026. Lire la page
    • Mon Parcours Handicap, « Accompagnement psychologique : Mon soutien psy », service public développé par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie et la Caisse des Dépôts, mise à jour du 23 juin 2026. Lire la page
    • Commission nationale de l’informatique et des libertés, « Télémédecine : comment protéger les données des patients ? », 9 janvier 2018. Lire la page
    • Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, « Guide des victimes françaises à l’étranger », fiche n° 3 consacrée à la prise en charge des soins médicaux, citée ici pour la non exportabilité des prestations sociales françaises. Fiche en PDF

    Pour aller plus loin

    Si vous vivez hors de France et que vous vous demandez si un suivi en français est possible dans votre situation, vous pouvez m’écrire ou prendre un premier rendez-vous. Dites-moi simplement où vous vivez et quel est le décalage, c’est ce qui permet de vérifier tout de suite si des créneaux conviennent. Les questions sur le cadre, la confidentialité ou l’organisation sont bienvenues avant de commencer.

  • Parents d’un enfant avec TDAH ou autisme : ce qui ressemble à un trauma, et l’inverse

    Un enfant qui ne tient pas assis, qui sursaute au moindre bruit, qui se referme quand on lui parle : le même comportement peut relever d’un trouble du neurodéveloppement, d’une histoire difficile, ou des deux. Voici, au général, ce qui se confond, ce qui oriente, et ce que les parents comme les familles d’accueil peuvent observer.

    Avertissement de contenu. Cet article évoque la maltraitance et le psychotraumatisme chez l’enfant. Si la lecture vous met en difficulté, vous pouvez vous arrêter et y revenir plus tard.

    En cas de détresse psychique, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement 24 h/24 et 7 j/7. En cas d’urgence vitale, appelez le 15. Ce texte est général : il ne remplace ni une évaluation ni un avis médical.

    Un même comportement, deux lectures possibles

    Les comportements d’un enfant ne portent pas d’étiquette. Une agitation, une attention qui décroche, un regard qui fuit, un besoin de routines rigides : ce sont des observations, pas des diagnostics. Elles peuvent venir d’un fonctionnement neurodéveloppemental, de ce que l’enfant a traversé, des deux, ou encore d’autre chose.

    Le brouillage a des effets concrets : un enfant orienté vers un bilan quand il aurait d’abord besoin de sécurité, un autre accompagné comme s’il avait vécu un drame alors qu’il fonctionne autrement, une famille soupçonnée à tort.

    Ce qui ressemble à du TDAH sans en être

    Un enfant qui vit, ou a vécu, dans un environnement imprévisible apprend à surveiller : les bruits de pas, les changements de voix, les portes qui claquent. Cette surveillance mobilise beaucoup d’attention, et l’attention n’est pas extensible : ce qui part dans la vigilance ne va pas dans la consigne de l’enseignante. Vu de l’extérieur, cela donne un enfant qui n’écoute pas, qui bouge, qui sursaute, qui s’énerve vite.

    Les échelles qui repèrent un trouble de stress post-traumatique chez l’enfant mesurent précisément ce registre : le Cn2r, dans son dossier d’avril 2025, range l’irritabilité, la vigilance excessive et les troubles du sommeil parmi les signes d’hyperactivation. Et un enfant qui dort mal est moins disponible le lendemain. Le tableau ressemble donc à une agitation avec inattention, sans que le mécanisme soit le même.

    Ce qui ressemble à de l’autisme sans en être

    Dans l’autre sens, un enfant qui a appris que l’imprévu annonce le danger organise sa vie pour le supprimer. Il veut les mêmes gestes, le même trajet, la même histoire le soir. Il parle peu aux adultes qu’il connaît mal, évite les regards, se tient en retrait du groupe, se replie dans une activité répétitive qui l’apaise. Chacun de ces éléments figure aussi dans ce que l’on observe chez des enfants autistes, et la ressemblance peut être frappante.

    Elle n’autorise pourtant aucune conclusion. Le diagnostic d’un trouble du spectre de l’autisme est clinique : il s’appuie sur l’histoire du développement depuis les premières années, pas sur une photographie du comportement actuel. C’est aussi ce qui explique que certaines personnes soient identifiées très tard, comme le détaille l’article sur le TSA au féminin.

    Et l’inverse, tout aussi fréquent

    La confusion fonctionne dans les deux sens, et les pouvoirs publics l’ont reconnue. Une page du ministère chargé des personnes handicapées, publiée le 1er avril 2022 sous le titre « Mettre fin à la confusion entre l’autisme, le TDAH ou les troubles DYS et les signes de maltraitance », liste les comportements concernés : « Difficultés à se concentrer, agitation, troubles alimentaires, troubles du sommeil, automutilation… » Puis : « Ce sont également des signes pouvant laisser croire à des carences éducatives ou de la maltraitance. »

    La réponse apportée consiste à mettre à disposition des cellules de recueil des informations préoccupantes et des magistrats un annuaire de médecins expert·es, mobilisables en cas de suspicion de trouble ou de besoin de réévaluer un diagnostic. Autrement dit : un doute se tranche par une évaluation spécialisée, pas par une impression.

    Ce qui oriente, et ce qui n’oriente rien

    Aucun comportement isolé ne départage les deux hypothèses. Ce qui oriente, au général, c’est la chronologie et l’étendue, pas l’intensité. Du côté du neurodéveloppement, on cherche une installation ancienne et large : l’Inserm rappelle que le TDAH débute avant l’âge de 12 ans, que les comportements persistent depuis au moins six mois et se manifestent dans plusieurs environnements, à l’école mais aussi à la maison. Du côté du psychotraumatisme, on regarde si les difficultés sont apparues ou se sont aggravées après un événement précis.

    Deux précisions utiles, parce qu’elles circulent mal. Un bilan neuropsychologique n’est pas un examen obligatoire pour poser un diagnostic de TDAH, et un résultat dans la norme n’élimine pas l’hypothèse : la recommandation de la Haute Autorité de santé de septembre 2024 le dit explicitement. Et le diagnostic revient à un médecin. Une psychologue fait passer des outils, reconstitue une histoire, décrit un fonctionnement : elle ne pose pas le diagnostic. Le même partage vaut pour l’adulte, comme l’explique l’article TDAH adulte : par où commencer.

    Souvent les deux, plutôt que l’un ou l’autre

    La question « est-ce du TDAH ou du trauma ? » est mal posée. Les deux coexistent souvent. Dans sa recommandation de mai 2025 sur la coordination entre protection de l’enfance et psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, la Haute Autorité de santé considère les enfants protégés comme plus exposés aux troubles anxieux, dépressifs, au stress post-traumatique et au TDAH. Elle demande un bilan de santé avec volet psychique dans le mois suivant le début de la mesure, une rencontre avec un psychologue pour chaque enfant, et une attention régulière aux signes évocateurs d’un trouble psychique ou du neurodéveloppement.

    Pour les familles, l’objectif se déplace : non pas gagner un débat sur l’étiquette, mais obtenir que les deux dimensions soient regardées. Un enfant qui ne se sent pas en sécurité ne montre pas son fonctionnement habituel.

    Une situation fictive, pour fixer les idées

    L’exemple qui suit est entièrement fictif et composite : il ne correspond à aucune personne réelle. Un garçon de neuf ans est signalé par son école comme agité et incapable de rester en place. Chez lui, ses parents décrivent un enfant plutôt calme, sauf au coucher, où il devient inconsolable. En reprenant l’histoire, on apprend que l’agitation scolaire a commencé il y a huit mois, après un cambriolage de nuit, et que le coucher s’est dégradé à la même période. Mais ses parents se souviennent aussi qu’il perdait déjà ses affaires à six ans. Deux pistes, pas une, et aucune que l’on puisse trancher de l’extérieur.

    Ce que les parents et les familles d’accueil peuvent observer

    Ce qui aide le plus les professionnel·les, c’est une observation datée et factuelle, pas une interprétation. Noter ce qui se passe, où, avec qui, à quel moment, ce qui précède et ce qui apaise, vaut mieux qu’une conclusion. La question la plus précieuse reste le « depuis quand » : depuis toujours, ou depuis un moment identifiable ?

    Les familles d’accueil rencontrent ici une difficulté qu’il vaut mieux nommer : elles n’ont souvent pas accès à l’avant, et leur « depuis toujours » est en réalité un « depuis son arrivée chez nous ». Le dire ainsi est une information clinique en soi, et cela évite qu’une ancienneté supposée passe pour une ancienneté établie.

    Vers qui se tourner

    Le premier interlocuteur reste le médecin qui suit l’enfant, médecin traitant ou pédiatre, qui peut orienter vers une évaluation du développement. Le médecin de l’éducation nationale, lui, voit ce qui se passe en classe. Les centres médico-psychologiques et médico-psycho-pédagogiques reçoivent les enfants et leurs familles. Un suivi psychologique ne remplace aucune de ces étapes : il travaille ce qui est là, soutient les parents dans une attente souvent longue, et aide l’enfant à retrouver de la sécurité, condition d’un examen fiable de son fonctionnement. Sur les effets durables d’un événement, l’article consacré aux signes d’un psychotraumatisme donne des repères complémentaires.

    Sources

  • TDAH adulte : par où commencer quand on se reconnaît dans les descriptions

    Vous avez vu passer une vidéo, un article, le témoignage de quelqu’un, et quelque chose a fait écho. Beaucoup de personnes découvrent le TDAH à l’âge adulte de cette façon. Cet article décrit, au général, ce qu’un bilan est et ce qu’il n’est pas, comment le parcours se présente en France, pourquoi l’autodiagnostic a ses limites, et ce qu’un accompagnement psychologique peut apporter avant ou à côté d’une démarche diagnostique.

    Avertissement. Cet article a une visée d’information générale. Il ne remplace ni une consultation médicale, ni un diagnostic, ni un suivi psychologique, et il ne permet de conclure quoi que ce soit sur une situation particulière. Les exemples qui y figurent sont fictifs et composites.

    Si vous traversez un moment de détresse, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En cas d’urgence vitale, appelez le 15.

    Se reconnaître dans une description, c’est un point de départ

    Les descriptions du TDAH circulent énormément depuis quelques années, et elles atteignent des personnes qui n’avaient jamais mis de mot sur leurs difficultés. S’y reconnaître n’a rien de suspect. C’est parfois la première fois qu’une vie entière de retards, d’oublis et d’efforts invisibles reçoit une explication autre que « je ne fais pas assez attention ».

    Ce qui mérite d’être gardé en tête, c’est que les manifestations les plus racontées (oublier, remettre au lendemain, perdre le fil d’une conversation, commencer dix choses, s’agacer vite) n’appartiennent pas au TDAH. Un trouble anxieux, un épisode dépressif, un épuisement professionnel, un sommeil dégradé depuis des années, une hypervigilance installée après des violences : tout cela peut produire des tableaux qui se ressemblent beaucoup vu de l’extérieur.

    Dans le TDAH, ce ne sont donc pas les difficultés en elles-mêmes qui orientent, mais leur histoire. L’Inserm rappelle que le trouble débute avant l’âge de 12 ans, que les comportements persistent depuis au moins six mois, qu’ils se manifestent dans plusieurs environnements et qu’ils altèrent la qualité de vie au quotidien. Autrement dit, la question n’est pas seulement ce que vous vivez aujourd’hui, mais depuis quand, et dans combien d’endroits de votre vie. L’Inserm situe la prévalence autour de 5,9 % chez les moins de 18 ans et de 2,8 % chez les adultes.

    Ce qu’un bilan est, et ce qu’il n’est pas

    Premier point : le diagnostic de TDAH est clinique. La Haute Autorité de santé l’écrit ainsi dans sa recommandation validée en juillet 2024 : aucun examen complémentaire, aucune imagerie, aucun marqueur biologique ne permet de le confirmer ni de l’écarter. Ce sont des entretiens, une histoire de vie et des éléments anciens (bulletins scolaires, appréciations retrouvées, souvenirs de l’entourage) qui construisent la décision.

    Deuxième point, souvent mal connu : le bilan neuropsychologique, c’est à dire l’ensemble des tests d’attention, de mémoire et de fonctions exécutives, n’est pas nécessaire pour poser le diagnostic. La même recommandation précise qu’un test dont les résultats se situent dans les zones de normalité n’élimine pas le diagnostic. Les tests servent à autre chose : décrire finement un fonctionnement, repérer des troubles associés, construire un plan d’accompagnement. Aller passer des tests n’est donc pas la même démarche que chercher un diagnostic.

    Troisième point : en France, le diagnostic final revient à un médecin formé au TDAH. Un livret publié en 2026 par la Délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement, consacré au repérage du TDAH dans les structures d’addictologie, l’énonce directement, et la recommandation de la HAS indique que tout médecin formé au diagnostic et au traitement du trouble peut le poser, les psychiatres et les neurologues venant au premier rang pour les adultes. Une psychologue, de son côté, peut faire passer et interpréter des outils, documenter l’histoire, décrire un fonctionnement et accompagner. Elle ne pose pas le diagnostic, et c’est utile à savoir avant de prendre rendez-vous.

    Enfin, un bilan n’explique pas toute une vie. Il éclaire une partie de ce qui s’est joué, et il laisse intact le travail qui vient après.

    Le parcours en France, en langage clair

    Par où entrer

    L’Assurance maladie décrit une démarche en plusieurs consultations, qui commence le plus souvent chez le médecin traitant avant d’être confirmée par un médecin formé au trouble. Pour un adulte, cette première porte reste la plus praticable : elle permet d’explorer d’autres pistes médicales et d’obtenir une orientation plutôt que de chercher seul·e dans un annuaire.

    Ce qui se passe ensuite

    Des entretiens, donc, et souvent des questionnaires que vous remplissez vous-même. Le livret de 2026 cite l’ASRS, développée par l’Organisation mondiale de la santé, comme l’outil le plus utilisé pour le repérage chez l’adulte, et recommande de l’associer à la WURS, qui porte sur l’enfance, parce qu’un seul outil peut faire manquer une part des diagnostics. Il ajoute une précision importante : l’interprétation de ces questionnaires revient à des professionnels formés, qui confirment ou infirment ensuite par des entretiens cliniques dédiés.

    La question du traitement

    Un médicament n’est ni un passage obligé ni la totalité de la réponse. Lorsqu’il est envisagé, la primo-prescription du méthylphénidate et de la lisdexamfétamine est réservée aux psychiatres, aux pédiatres et aux neurologues. À côté de cela existent des prises en charge non médicamenteuses, mises en œuvre par des professionnels formés spécifiquement. Aucune de ces options ne garantit un résultat, et l’arbitrage se discute avec le médecin qui suit la situation.

    Pourquoi vous recevez parfois des réponses contradictoires

    La recommandation française de la HAS porte sur les enfants et les adolescents jusqu’à 18 ans. Pour les adultes, une note de cadrage a été validée en novembre 2021, qui annonçait un travail sur le repérage, le diagnostic et la prise en charge. Au moment où cet article est écrit, c’est donc le texte enfant et adolescent qui fait référence. Cela a une conséquence très concrète : les pratiques varient d’un professionnel à l’autre, et il n’est pas rare d’entendre deux choses différentes sur le même sujet. Ce n’est pas une raison d’abandonner la démarche, c’en est une de ne pas s’arrêter au premier avis déroutant.

    Les pièges de l’autodiagnostic

    Les tests trouvés en ligne sont des outils de repérage. Ils signalent, ils ne concluent pas. Trois difficultés reviennent régulièrement, au général.

    • Le biais de confirmation. Dès qu’une liste de symptômes est lue avec l’idée qu’elle nous concerne, la mémoire fournit des exemples et laisse de côté les contre-exemples. Ce n’est pas un défaut personnel, c’est un fonctionnement ordinaire de l’attention.
    • La non-spécificité. Les mêmes items peuvent être cochés par une personne épuisée, anxieuse, en deuil, ou qui dort mal depuis deux ans. Un score élevé dit qu’il y a quelque chose à regarder, pas quoi.
    • L’effet d’étiquette. Un mot qui soulage peut ensuite enfermer. Quand tout devient « c’est mon TDAH », l’examen d’autres causes, parfois plus faciles à modifier, s’arrête.

    Cela dit, l’autodiagnostic apporte quelque chose de réel : un vocabulaire, une demande formulable, parfois la fin de longues années passées à se croire paresseux·se. Le plus utile est de l’apporter comme une hypothèse de travail, avec des exemples datés et concrets, plutôt que comme une conclusion à faire valider.

    Exemple fictif et composite, construit pour illustrer et ne correspondant à aucune personne reçue en consultation. Une femme de 36 ans arrive avec un score élevé à un questionnaire trouvé en ligne et la conviction d’avoir un TDAH. En reprenant son histoire, deux choses apparaissent : des difficultés d’attention anciennes, repérables jusque dans ses bulletins de collège, et un épuisement installé depuis dix-huit mois qui les a nettement aggravées. Les deux éléments sont vrais en même temps. L’un relève d’une démarche diagnostique, l’autre d’un travail qui peut commencer tout de suite.

    Ce qu’un accompagnement psychologique peut faire, avant ou à côté

    Obtenir un rendez-vous spécialisé peut demander du temps. Ce temps n’est pas forcément vide, et plusieurs axes de travail ne dépendent pas de l’issue du diagnostic.

    • Reconstituer l’histoire. Mettre par écrit ce qui a été observé dans l’enfance, retrouver des documents scolaires, interroger l’entourage quand c’est possible. Ce matériel sert directement à la consultation médicale qui suivra.
    • Travailler le concret. Organisation, découpage des tâches, repères de temps, aménagement de l’environnement de travail. Ce sont des compétences qui s’apprennent, quel que soit le mot posé ensuite.
    • Reprendre ce qui s’est construit autour. Des années de reproches et de choses non terminées laissent des traces : honte, évitement, image de soi abîmée. C’est souvent la part la plus lourde à porter, et c’est une part sur laquelle un suivi peut travailler.
    • Regarder les troubles associés. Anxiété, humeur, sommeil et usage de substances accompagnent fréquemment le tableau. Le livret de 2026 rappelle que chez les personnes présentant un trouble de l’usage de substances, la prévalence du TDAH avoisine 25 %. Ces difficultés méritent d’être traitées pour elles-mêmes.
    • Associer l’entourage. Un conjoint, une conjointe, un parent ou un frère comprennent souvent mieux la situation lorsqu’elle est expliquée en séance, et le quotidien s’en trouve allégé.

    Aucun de ces axes ne promet un résultat et aucun ne remplace l’avis médical. Ils rendent l’attente moins coûteuse, et la consultation suivante mieux préparée.

    Sources

    • Inserm, « Minute d’attention : c’est quoi le TDAH ? », rubrique C’est quoi : inserm.fr
    • Haute Autorité de santé, « Trouble du neurodéveloppement / TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents », recommandation validée le 18 juillet 2024 (référence citée sans lien)
    • Haute Autorité de santé, « Trouble du neurodéveloppement / TDAH : repérage, diagnostic et prise en charge des adultes », note de cadrage mise en ligne le 6 décembre 2021 : has-sante.fr
    • Délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement, « Mieux repérer, orienter et prendre en charge le TDAH chez les patients de la filière addictologique », livret 2026 : handicap.gouv.fr (PDF)
    • Assurance maladie, « TDAH : symptômes, diagnostic et évolution » : ameli.fr

    Si vous souhaitez en parler

    Si vous vous reconnaissez dans ce qui précède et que vous ne savez pas par quel bout commencer, vous pouvez prendre rendez-vous ou simplement poser votre question. Un premier échange sert souvent à cela : trier ce qui relève d’une démarche diagnostique et ce qui relève d’un accompagnement. Je reçois en visioconférence.

  • Estime de soi et affirmation de soi : deux choses différentes

    Il arrive qu’une personne pose une limite avec netteté et se juge malgré tout sans valeur. Il arrive aussi qu’une personne se sache compétente et reste muette dès qu’il faut le dire. De loin, les deux difficultés se ressemblent. Elles ne se travaillent pas au même endroit.

    Avertissement. Ce texte est une information générale. Il ne remplace pas un entretien avec un professionnel et ne permet aucun diagnostic.

    Si vous traversez un moment de détresse, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. En cas d’urgence vitale, appelez le 15.

    Deux objets différents, souvent rangés ensemble

    L’estime de soi désigne le jugement qu’une personne porte sur sa propre valeur. C’est une évaluation interne, assez stable dans le temps, et qui ne s’observe pas directement. On ne voit pas l’estime de soi de quelqu’un : on en entend des traces dans la façon dont la personne parle d’elle-même, dans ce qu’elle s’autorise à attendre, dans la manière dont elle explique ses réussites et ses échecs.

    L’affirmation de soi désigne autre chose. Il s’agit d’un ensemble de comportements. L’unité de thérapie cognitive et comportementale du Centre hospitalier universitaire vaudois la définit comme « la capacité qu’a un individu de se comporter en se respectant et en respectant les autres ». C’est donc une compétence relationnelle : quelque chose qui se voit, qui se décrit, et qui s’apprend.

    Les programmes construits sur cette définition découpent d’ailleurs cette compétence en opérations précises :

    • formuler une demande, et accepter qu’elle puisse être refusée,
    • refuser une demande sans se justifier longuement,
    • formuler une critique, et en recevoir une,
    • formuler un compliment, et en recevoir un,
    • exprimer une émotion négative sans la retourner contre l’autre,
    • tenir un désaccord jusqu’au bout sans le transformer en conflit.

    Un jugement sur sa valeur d’un côté, une liste de conduites de l’autre. Ce ne sont pas deux noms pour la même chose, et cette distinction a des conséquences pratiques.

    Pourquoi la confusion est si fréquente

    Trois raisons se cumulent. La première est le vocabulaire courant : le mot « confiance en soi » recouvre à lui seul les deux registres. Dire de quelqu’un qu’il manque de confiance en lui ne précise jamais s’il s’agit de ce qu’il pense de lui ou de ce qu’il arrive à faire.

    La deuxième est que les situations sont les mêmes. C’est dans la même scène, un refus qui ne sort pas, une demande qu’on n’ose pas poser, que les deux difficultés se manifestent. Vu de l’extérieur, le silence est identique. Les raisons du silence ne le sont pas.

    La troisième est que les deux registres se répondent réellement. Dans son guide sur les troubles anxieux graves, la Haute Autorité de santé range l’affirmation de soi parmi les composantes des thérapies comportementales et cognitives proposées dans l’anxiété sociale, et décrit par ailleurs ce même trouble comme pouvant « s’accompagner d’une perte de l’estime de soi ». Deux plans distincts, reliés, dans un seul document.

    Quatre configurations possibles, et non une seule

    Si les deux dimensions étaient une seule, elles varieraient ensemble. Au général, on observe plutôt quatre cas de figure :

    • Comportements affirmés, jugement sévère sur soi. La personne sait demander, refuser, négocier. Elle le fait, et attribue ensuite le résultat aux circonstances plutôt qu’à elle-même.
    • Jugement plutôt solide, comportements en retrait. La personne se reconnaît compétente et légitime, mais n’a jamais appris les conduites correspondantes, ou les a apprises là où elles étaient sanctionnées.
    • Les deux en difficulté. La configuration la plus souvent décrite, et celle qui demande de ne pas choisir un seul angle d’entrée.
    • Les deux disponibles, mais pas partout. Beaucoup de personnes sont affirmées au travail et pas en famille, ou l’inverse. L’estime de soi non plus n’est pas d’un seul bloc : elle peut être haute sur un domaine et basse sur un autre.

    Travailler l’une sans l’autre : les deux impasses

    Les techniques sans le regard porté sur soi

    Les outils de l’affirmation de soi s’apprennent vite. Un refus court, un message en « je », une demande formulée une fois puis répétée sans changer de contenu : ce sont des formes qui se transmettent en quelques séances. Ce que ces formes ne font pas, c’est modifier à elles seules la conclusion que la personne tire de ce qu’elle vient de faire. Un refus peut être tenu correctement et suivi d’une soirée entière passée à en chercher les conséquences. Le comportement a changé, le coût est resté.

    Le regard porté sur soi sans les situations

    L’inverse a sa propre limite. Comprendre d’où vient un jugement sévère, à quel moment il s’est installé, à quelles voix il emprunte ses formules, cela a une valeur réelle. Mais un jugement sur soi se révise au contact de faits nouveaux. S’il n’y a aucune situation nouvelle, il n’a rien à confronter : il tourne sur lui-même, avec davantage de vocabulaire pour se décrire.

    C’est pour cette raison qu’un travail sur l’affirmation de soi et un travail sur l’estime de soi se tiennent rarement séparés très longtemps, même lorsque l’un des deux sert de porte d’entrée.

    Par quoi commencer, au général

    Aucune règle ne vaut pour tout le monde, et c’est précisément ce qui se discute en entretien. Deux repères issus de la recherche aident cependant à comprendre pourquoi beaucoup de dispositifs entrent par le comportement.

    Le premier est une revue publiée en 2003 par Roy Baumeister et ses collègues, qui a passé en revue des décennies de travaux sur l’estime de soi élevée. Leur conclusion est prudente : les corrélations avec les résultats scolaires sont modestes, et une estime de soi élevée ne protège par elle-même ni des conduites à risque ni des comportements agressifs. Les auteurs recommandent de ne pas chercher à l’augmenter dans le vide, mais de la relier à des conduites et à des progrès réels. Autrement dit, une estime de soi ne se décrète pas : elle se nourrit de ce que la personne fait.

    Le second repère va dans l’autre sens et empêche de traiter l’estime de soi comme un simple sous-produit. Les travaux d’Ulrich Orth et Richard Robins, synthétisés en 2013, soutiennent qu’une faible estime de soi précède et prédit des symptômes dépressifs plus souvent que l’inverse. Laisser cette dimension de côté n’est donc pas neutre.

    Ce que ces deux lectures donnent ensemble est un ordre de travail plutôt qu’une hiérarchie : commencer par ce qui est observable et modifiable, parce que c’est là que des faits nouveaux peuvent apparaître, sans considérer pour autant que le jugement sur soi se réglera tout seul. Aucune méthode ne garantit un résultat, et la rapidité d’évolution varie fortement d’une personne à l’autre.

    Une situation fictive, pour rendre la différence visible

    La situation qui suit est fictive et composite. Elle ne décrit aucune personne reçue en consultation.

    Une personne occupe un poste où elle négocie tous les jours, et le fait sans difficulté apparente. Dans son immeuble, elle n’arrive pas à demander qu’on baisse la musique le soir. Après avoir travaillé la forme de la demande, elle finit par la poser, en deux phrases, sans s’excuser. L’échange se passe bien.

    Les deux jours suivants, elle guette un signe d’hostilité dans la cage d’escalier et se demande si elle n’a pas été excessive. Le comportement était en place, le jugement sur elle-même ne l’a pas suivi. C’est la ligne de partage entre les deux objets de cet article : ce qu’elle a fait, et ce qu’elle en a conclu sur elle.

    Ce qu’un suivi peut faire, et ce qu’il ne promet pas

    Un accompagnement sur ces questions ne consiste pas à distribuer des phrases toutes faites, ni à encourager. Au général, il permet de :

    • distinguer, situation par situation, ce qui relève d’une conduite non apprise et ce qui relève du jugement porté sur soi,
    • préparer des situations concrètes, les essayer, puis en reprendre le déroulé plutôt que l’impression laissée,
    • repérer les conclusions automatiques tirées après un échange, et les comparer à ce qui s’est réellement passé,
    • tenir compte du contexte, car certaines limites ne sont pas intérieures : un environnement familial ou professionnel peut sanctionner réellement un refus,
    • identifier ce qui relève d’un autre problème, par exemple un épuisement professionnel ou un trouble anxieux, qui demanderait un autre abord.

    Ce qu’un suivi ne promet pas : un délai, un niveau d’aisance garanti, ou la disparition de toute appréhension avant une conversation difficile. L’objectif est que l’appréhension cesse de décider à votre place.

    Quand en parler à un professionnel

    Il n’existe pas de seuil chiffré. Les repères habituellement retenus sont les suivants : des situations évitées de façon répétée, un coût qui se voit ailleurs (sommeil, irritabilité, fatigue), une dévalorisation durable qui ne cède pas aux réussites objectives, ou le constat que les décisions importantes sont prises par d’autres.

    Les points d’entrée possibles sont le médecin généraliste, un centre médico-psychologique (sans avance de frais), un psychologue en libéral, ou un groupe quand le format collectif est disponible. La page aide et urgences de ce site rassemble les ressources utiles en cas de besoin immédiat.

    Bibliographie

    • Haute Autorité de santé, Guide affection de longue durée n° 23. Troubles anxieux graves, juin 2007 (affirmation de soi en section 6.1 ; estime de soi en annexe 2). Consulter le guide
    • Centre hospitalier universitaire vaudois, unité de thérapie cognitive et comportementale, Groupe d’affirmation de soi, document de présentation du programme. Consulter le document
    • Baumeister R. F., Campbell J. D., Krueger J. I. et Vohs K. D., « Does high self-esteem cause better performance, interpersonal success, happiness, or healthier lifestyles ? », Psychological Science in the Public Interest, vol. 4, n° 1, 2003. Consulter la notice
    • Orth U. et Robins R. W., « Understanding the link between low self-esteem and depression », Current Directions in Psychological Science, vol. 22, n° 6, 2013, p. 455 à 460. Consulter la notice
    • Fanget F. et Rouchouse B., L’affirmation de soi. Une méthode de thérapie, Odile Jacob, 2007 (référence citée sans lien).

    Pour aller plus loin

    Sur le même sujet, dans ce blog et sur ce site :

    Si vous reconnaissez l’un de ces fonctionnements et que vous souhaitez en parler, vous pouvez prendre rendez-vous pour un premier entretien en visio, ou m’adresser votre question depuis la même page. Un premier échange sert d’abord à situer ce qui se joue : une conduite à apprendre, un jugement sur soi à reprendre, ou les deux.

  • TOC : pourquoi vérifier ne rassure jamais longtemps

    Vous fermez, vous repartez, et le doute est revenu avant d’avoir fait cent mètres. La vérification soulage sur l’instant, puis le soulagement s’efface et le geste recommence. Cet article explique pourquoi ce mécanisme tient si mal dans le temps, et ce qu’un travail thérapeutique propose à la place.

    Avertissement de contenu. Cet article évoque des obsessions portant sur l’erreur, l’accident et la responsabilité dans un dommage. Il est écrit au général, à titre d’information : il ne constitue ni une évaluation, ni un avis clinique individuel, ni une indication de traitement.

    Si vous traversez un moment de détresse, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 heures sur 24. En cas d’urgence vitale, appelez le 15.

    Vérifier, au sens clinique du terme

    Le trouble obsessionnel compulsif associe deux éléments. D’un côté des obsessions, que la Haute Autorité de santé décrit comme des pensées, impulsions ou représentations récurrentes et persistantes, qui s’imposent sans être voulues. De l’autre des compulsions, c’est-à-dire des comportements ou des actes mentaux répétitifs que la personne se sent obligée d’accomplir. L’Inserm cite les rituels de rangement, de lavage et de vérification parmi les plus courants.

    La vérification a une particularité : elle porte presque toujours sur une erreur possible. L’Assurance maladie la décrit comme la peur obsédante d’avoir commis une erreur ou d’avoir été inattentif. Le geste peut être visible (revenir sur ses pas, rouvrir une porte) ou presque invisible pour l’entourage : relire trois fois un message, repasser mentalement un trajet, demander à quelqu’un de confirmer.

    Ce n’est ni rare ni tardif : selon l’Inserm, 2 à 3 % de la population générale est concernée, et 65 % des cas débutent avant 25 ans.

    Le cercle, en version courte

    Le mécanisme se décrit en quatre temps. Une situation déclenche un doute, le doute produit de l’anxiété, l’anxiété pousse au geste, et le geste fait baisser l’anxiété. Psycom le formule simplement : l’exécution du rituel apporte un apaisement, mais celui-ci est bref et temporaire.

    Ce cercle est détaillé dans un autre article de ce blog, consacré aux TOC sans compulsion visible. La question posée ici est différente : pourquoi la vérification, précisément, ne tient-elle jamais longtemps ?

    Trois raisons pour lesquelles vérifier se retourne contre soi

    1. Le soulagement enseigne le geste

    Quand l’anxiété retombe juste après une vérification, une conclusion se forme sans qu’on la décide : c’est la vérification qui a fait retomber l’anxiété. Psycom décrit cet apprentissage en une phrase : le cerveau enregistre que la compulsion, même jugée absurde, permet de faire cesser l’émotion négative. Le problème est que la démonstration inverse n’est jamais faite. Tant que le geste est accompli, il est impossible de constater que l’anxiété aurait baissé seule, un peu plus lentement. Le geste devient donc la condition du calme, et sa nécessité se renforce à chaque répétition.

    2. La répétition abîme la confiance dans le souvenir

    C’est le point le plus contre-intuitif, et pourtant documenté. Dans une étude classique, Marcel van den Hout et Merel Kindt ont fait vérifier plusieurs fois de suite le même dispositif à des participants, puis ont mesuré leur souvenir. La précision ne se dégradait pas, mais la vivacité, le niveau de détail et la confiance accordée au souvenir, si.

    Mark Boschen et Dean Vuksanovic ont retrouvé cet effet et l’ont comparé entre un groupe de personnes ayant un trouble obsessionnel compulsif et un groupe témoin. Résultat : la vérification répétée abîme la confiance en mémoire chez tout le monde, y compris chez des personnes sans TOC, et cette dégradation est nettement accentuée chez les personnes avec TOC lorsqu’elles agissent sous un fort sentiment de responsabilité.

    Autrement dit, le doute n’est pas seulement ce qui déclenche la vérification : il en est aussi un produit. Plus on vérifie, moins le souvenir est net, donc moins il rassure, donc plus il faut vérifier. La dixième vérification est ainsi souvent moins convaincante que la première.

    3. Le critère d’arrêt est une sensation, pas un fait

    Dans une vérification ordinaire, on s’arrête quand l’information est obtenue : la porte est fermée, c’est réglé. Dans une compulsion, on s’arrête quand une sensation interne est atteinte, quand ça fait suffisamment bien. Or ce seuil bouge avec la fatigue, l’anxiété du jour, l’enjeu attribué à la situation. Un critère mobile ne peut pas être satisfait durablement, quel que soit le nombre de répétitions.

    À ces trois mécanismes s’ajoute souvent la réassurance demandée à un proche : elle fonctionne comme une vérification, avec les mêmes effets, mais effectuée par quelqu’un d’autre. Un entourage très coopérant peut ainsi, sans le vouloir, contribuer à maintenir le cercle.

    Une situation fictive, pour rendre le mécanisme visible

    La situation qui suit est fictive et composite. Elle ne décrit aucune personne reçue en consultation et sert uniquement d’illustration.

    Une personne quitte son domicile le matin. Avant de sortir, elle vérifie la plaque de cuisson : elle la regarde, met la main au-dessus, compte jusqu’à trois. L’anxiété baisse. Dans l’ascenseur, une image apparaît : un départ de feu, les voisins, sa responsabilité. Elle remonte. La plaque est éteinte, l’anxiété baisse à nouveau, un peu moins qu’avant. Dans la rue, elle cherche à se rappeler ce qu’elle a vu la deuxième fois : le souvenir est plat, presque interchangeable avec le premier. Elle prend alors une photo, pour avoir une preuve. Quelques semaines plus tard, la photo ne suffit plus, car elle pourrait dater de la veille.

    Pris séparément, aucun de ces gestes n’est irrationnel : chacun est une tentative raisonnable d’obtenir une certitude. C’est leur accumulation qui produit l’effet inverse de celui recherché.

    L’exposition avec prévention de la réponse, sans jargon

    Dans son guide sur les troubles anxieux graves, la Haute Autorité de santé indique que les thérapies cognitives et comportementales sont le traitement de choix du trouble obsessionnel compulsif, et précise qu’elles reposent sur l’exposition avec prévention de la réponse. Le même guide donne un ordre de grandeur pour la majorité des situations : au moins 25 séances de 45 minutes environ. L’Inserm place en première intention ces mêmes thérapies et une famille de médicaments antidépresseurs, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, seuls ou associés selon les situations. Le choix et la prescription d’un médicament relèvent d’une décision médicale, et non d’une psychologue.

    Le nom est technique, le principe l’est moins. Il tient en six opérations.

    • Décrire le cercle précisément. Quelle situation, quelle pensée, quel dommage redouté, quel geste, combien de temps, et à quoi se reconnaît le moment où c’est « assez ».
    • Classer les situations par difficulté. La personne cote elle-même ce qui lui paraît accessible, et l’ordre de travail suit cette échelle.
    • S’exposer volontairement. On se place dans la situation qui déclenche le doute, au lieu de l’éviter ou de l’aménager.
    • Ne pas faire le geste. C’est la prévention de la réponse, et c’est la partie qui manque le plus souvent quand une personne a déjà essayé seule. Ne pas le faire inclut ne pas le remplacer : pas de photo, pas de question à un proche, pas de relecture mentale de la scène.
    • Attendre et observer. L’anxiété monte, se maintient, puis redescend d’elle-même. C’est là l’information neuve, celle qui contredit l’apprentissage décrit plus haut.
    • Répéter, y compris entre les séances. Psycom le dit sans enjoliver : c’est une thérapie exigeante qui demande des efforts quotidiens entre les séances.

    Un point est souvent mal compris : l’objectif n’est pas d’obtenir enfin la certitude que la plaque est éteinte. La certitude absolue n’existe pour personne, et la chercher est précisément ce qui alimente le cercle. L’objectif est de pouvoir agir sans elle, avec un doute redevenu supportable. Et une orientation de première intention ne signifie pas que la méthode fonctionne pour tout le monde, au même rythme, ni qu’un résultat puisse être garanti à l’avance.

    Ce qu’un suivi apporte, et ce qu’il ne fait pas

    Un suivi ne consiste pas à rassurer : confirmer à quelqu’un que sa porte était bien fermée, c’est accomplir sa vérification à sa place. Il ne consiste pas non plus à discuter du contenu de l’obsession pour démontrer qu’elle est improbable : le raisonnement tient dix minutes, puis le doute revient. Ce qu’un accompagnement permet se situe ailleurs :

    • mettre à plat le cercle, y compris les vérifications discrètes que la personne ne comptait pas comme telles ;
    • doser la progression, de façon que les exercices soient difficiles mais tenables, ce qui est presque impossible à régler seul ;
    • travailler le sentiment de responsabilité excessive, dont les travaux cités plus haut montrent qu’il aggrave le doute ;
    • associer l’entourage pour sortir du rôle de pourvoyeur de réassurance, sans le transformer en surveillant ;
    • articuler le travail avec le médecin traitant ou le psychiatre lorsqu’un traitement médicamenteux est envisagé, cette décision étant médicale et non psychologique.

    Quand en parler à un professionnel

    Il n’existe pas de seuil chiffré. Les critères habituellement retenus sont le temps consommé chaque jour, le retentissement sur le travail, le sommeil et la vie relationnelle, l’extension des évitements, et le fait que l’entourage soit intégré aux rituels. Un signe est particulièrement parlant : le temps passé à vérifier augmente alors que la tranquillité obtenue diminue.

    Les points d’entrée sont le médecin généraliste, un centre médico-psychologique (sans avance de frais), ou un psychologue formé aux thérapies cognitives et comportementales.

    Bibliographie

    • Inserm, dossier Troubles obsessionnels compulsifs (TOC), inserm.fr
    • Haute Autorité de santé, Guide médecin ALD n° 23, Troubles anxieux graves, juin 2007, section 8.2 et annexe 2, has-sante.fr (PDF)
    • Psycom, Le TOC et les troubles apparentés, psycom.org
    • Van den Hout, M. A. et Kindt, M., « Repeated checking causes memory distrust », Behaviour Research and Therapy, 2003, vol. 41, p. 301-316 (référence citée sans lien, article sous abonnement)
    • Boschen, M. J. et Vuksanovic, D., « Deteriorating memory confidence, responsibility perceptions and repeated checking : comparisons in OCD and control samples », Behaviour Research and Therapy, 2007, vol. 45, n° 9, p. 2098-2109 (référence citée sans lien, article sous abonnement)

    Pour aller plus loin

    Si vous vous reconnaissez dans ce fonctionnement et que vous souhaitez en parler, vous pouvez prendre rendez-vous en visio ou m’adresser votre question depuis la page Prendre rendez-vous. Un premier échange sert d’abord à comprendre ce qui se joue et à décider ensemble de la suite, sans engagement de votre part.

  • Pensées intrusives : ce qu’elles ne disent pas de vous

    Avertissement de contenu. Cet article évoque des pensées intrusives dont le contenu peut être violent, sexuel ou choquant. Il décrit des mécanismes généraux, à l’échelle d’un groupe, et ne remplace en aucun cas un avis clinique adressé à une personne précise.

    En cas de détresse psychique, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En cas d’urgence vitale, appelez le 15. D’autres ressources sont réunies sur la page Aide et urgences.

    Une pensée qui surgit sans prévenir, absurde, violente ou gênante, n’est pas un aveu. C’est un phénomène ordinaire du fonctionnement mental, que la quasi-totalité des gens connaissent. Ce qui distingue une pensée passagère d’une pensée qui envahit une vie ne tient pas à son contenu, mais à la place qu’elle finit par prendre.

    Ce qu’on appelle une pensée intrusive

    Une pensée intrusive est une pensée, une image ou une impulsion qui surgit sans avoir été appelée, et qui est ressentie comme déplacée. Le guide de la Haute Autorité de santé sur les troubles anxieux reprend cette formulation pour définir les obsessions : des pensées, impulsions ou représentations récurrentes et persistantes, ressenties comme intrusives et inappropriées. L’Inserm les décrit de son côté comme des pensées récurrentes et angoissantes, dont la personne reconnaît qu’elles viennent de sa propre activité mentale.

    Les contenus les plus souvent rapportés sont d’une grande banalité clinique : l’idée de crier en plein silence, l’image de lâcher un objet fragile, celle de se pencher trop près d’un bord, une image sexuelle sans rapport avec la situation, ou la pensée d’un geste violent envers une personne aimée. Le point commun de ces contenus est frappant : ils vont presque toujours à rebours de ce que la personne pense, veut et défend.

    Presque tout le monde en a

    C’est sans doute l’information la plus utile de cet article, et la moins connue. Une étude internationale publiée en 2014 a interrogé des personnes sans trouble psychiatrique identifié, sur quinze sites urbains, treize pays et six continents. Parmi les participants retenus, 93,6 % rapportaient avoir eu au moins une pensée intrusive au cours des trois mois précédents. L’Inserm le formule simplement : avoir des pensées intrusives est fréquent, normal, et généralement sans conséquence sur la vie quotidienne.

    Autrement dit, la question cliniquement pertinente n’est pas de savoir si quelqu’un a des pensées intrusives, mais ce qui se passe ensuite. Deux personnes peuvent avoir exactement la même pensée, au même moment : l’une la laisse passer sans y prêter attention, l’autre s’en alarme et tente quelque chose contre elle. Les deux trajectoires n’ont rien à voir.

    Une pensée n’est pas une intention

    Penser n’est pas vouloir

    Une intention suppose un but, une orientation et, le plus souvent, une préparation. Elle s’accompagne d’un mouvement vers la chose. Une pensée intrusive fonctionne à l’inverse : elle arrive contre le gré de la personne, elle la traverse, elle produit de l’effroi plutôt que de l’élan. L’horreur ressentie n’est pas une preuve de dangerosité, elle est le signe que le contenu de la pensée contredit les valeurs de celui ou celle qui la reçoit.

    Le glissement entre la pensée et l’acte

    Les thérapies cognitives et comportementales ont donné un nom à un mécanisme très répandu, la fusion entre la pensée et l’action. Le terme est technique, l’idée ne l’est pas. Elle recouvre deux glissements. Le premier est moral : traiter le fait d’avoir pensé une chose comme s’il équivalait, ou presque, au fait de l’avoir commise. Le second est probabiliste : croire que penser à un événement augmente le risque qu’il se produise.

    Ces deux glissements transforment un phénomène banal en signal d’alarme. Une pensée qui ne voulait rien dire devient une preuve à examiner, et l’examen occupe du temps, de l’attention et de l’énergie.

    Une situation fictive, composée à partir de motifs cliniques courants. Une personne prépare le repas et l’image d’un geste violent avec le couteau qu’elle tient lui traverse l’esprit. Elle repose le couteau, le range en hauteur, et décide de ne plus cuisiner quand quelqu’un est à la maison. Le soulagement est immédiat. Quelques jours plus tard, l’image revient, avec un autre objet. Ce n’est pas le couteau qui était le problème, c’est le sens donné à l’image et le geste de mise à distance qui a suivi.

    Pourquoi lutter contre une pensée la renforce

    Deux mécanismes distincts se combinent ici, et il est utile de les séparer.

    Le premier est l’effet paradoxal de la suppression. Une série d’expériences devenue classique, publiée en 1987, a consisté à demander à des participants de ne surtout pas penser à un ours blanc, puis de dire à voix haute tout ce qui leur passait par la tête. La pensée interdite revenait pendant la consigne, et revenait davantage encore une fois la consigne levée. Chercher activement à ne pas penser à quelque chose oblige à vérifier qu’on n’y pense pas, et cette vérification ramène précisément le contenu visé.

    Le second mécanisme est celui de l’apprentissage. Face à l’anxiété déclenchée par la pensée, des gestes s’installent : vérifier, demander à un proche d’être rassuré, chercher une réponse en ligne, répéter une phrase mentalement, remplacer l’image par une autre, éviter un objet, un lieu ou une personne. Ces gestes soulagent, réellement et tout de suite. C’est exactement ce qui pose problème. Le soulagement enseigne deux choses fausses : que la pensée était bien dangereuse, et que le geste était nécessaire pour éviter le pire.

    Le cercle se referme ainsi : une obsession déclenche de l’anxiété, une compulsion fait baisser l’anxiété, et la baisse rend la compulsion plus probable la fois suivante. Le soulagement est de plus en plus bref, et le geste de plus en plus fréquent. L’Inserm décrit cette mécanique comme le cœur du trouble obsessionnel compulsif.

    Ce qui fait passer d’une pensée banale à un trouble

    Aucun contenu de pensée ne fait à lui seul un trouble. Les repères utilisés en clinique portent sur autre chose : le temps occupé dans une journée, l’intensité de la souffrance, l’étendue des évitements mis en place, et le retentissement sur le travail, le sommeil et les relations. Le trouble obsessionnel compulsif concerne 2 à 3 % de la population générale selon l’Inserm, ce qui en fait l’un des troubles psychiatriques les plus fréquents, et il débute le plus souvent avant 25 ans.

    Deux précisions évitent des confusions courantes. D’une part, les images qui reviennent après un événement traumatique relèvent d’une autre logique, celle des reviviscences, décrite dans l’article sur les signes d’un psychotraumatisme. D’autre part, il existe des formes de trouble obsessionnel compulsif où les compulsions sont entièrement mentales et donc invisibles, traitées dans l’article sur les TOC purement mentaux.

    Quand consulter

    Les éléments qui suivent sont des repères généraux, et non une grille d’autodiagnostic. Ils décrivent des situations dans lesquelles un avis professionnel est habituellement utile.

    • Les pensées occupent une part notable de la journée, au point d’empiéter sur le reste.
    • Des gestes de vérification, de réassurance ou de neutralisation se sont installés et se répètent.
    • Des situations, des objets ou des personnes sont évités pour ne pas déclencher la pensée.
    • Le sujet n’a jamais été abordé avec personne, par honte du contenu des pensées.
    • Le sommeil, le travail, la vie de couple ou la relation aux enfants se dégradent.

    Le trouble reste souvent discret pendant des années avant d’être repéré, notamment parce que le contenu des pensées est jugé inavouable par la personne elle-même. Ce délai n’a rien d’une fatalité, et il constitue souvent la première chose qu’un entretien permet de lever.

    Ce qu’un suivi peut travailler

    Pour le trouble obsessionnel compulsif, la Haute Autorité de santé désigne les thérapies cognitives et comportementales comme le traitement de choix, fondées sur l’exposition avec prévention de la réponse, et mentionne un ordre de grandeur d’au moins vingt-cinq séances d’environ quarante-cinq minutes. L’Inserm situe au même niveau ces thérapies et, selon les situations, un traitement médicamenteux prescrit par un médecin.

    Derrière le terme d’exposition avec prévention de la réponse, le principe est simple à énoncer et exigeant à mettre en œuvre : s’approcher progressivement de ce qui déclenche la pensée, et ne pas faire le geste qui soulage, afin de constater que l’anxiété redescend d’elle-même, sans le geste. Le travail cognitif qui l’accompagne ne porte pas sur le contenu des pensées, qu’il est vain de discuter, mais sur le statut qu’on leur accorde. Un suivi peut aussi porter sur l’entourage, qui participe souvent aux rituels sans le vouloir, par exemple en rassurant à la demande.

    Une réserve s’impose ici. Les données disponibles décrivent des résultats moyens observés sur des groupes, et aucun accompagnement ne garantit un résultat individuel. Un travail de ce type demande du temps, une régularité, et l’acceptation d’un inconfort temporaire, ce qui n’a rien d’anodin et se décide avec le professionnel consulté.

    Sources

    Si des pensées de ce type occupent une place envahissante dans votre quotidien, ou si vous hésitez à en parler à quelqu’un, vous pouvez me poser une question ou prendre rendez-vous pour un premier entretien en visio. Il n’est pas nécessaire de savoir nommer ce qui se passe pour venir en parler.

  • Dire non sans culpabiliser : cinq situations et comment les tenir

    Refuser n’est pas d’abord une question de vocabulaire. La plupart des personnes trouvent très bien la phrase juste, mais une heure trop tard. Ce qui se travaille, c’est le moment où le refus se dit, et ce qui vient juste après.

    Avertissement. Cet article a une visée informative et générale. Il ne remplace pas un entretien individuel et ne constitue pas un conseil clinique adressé à une situation particulière. Toutes les situations décrites sont fictives ou composites.

    Numéros utiles, joignables immédiatement : 3114 (souffrance psychique et prévention du suicide, 24 h/24, gratuit), 15 ou 112 en cas d’urgence vitale, 116 006 (aide aux victimes), 3919 (violences faites aux femmes). Voir aussi la page Aide et urgences.

    « Je n’arrive pas à dire non » est un motif de consultation très répandu, et souvent sous-estimé par celles et ceux qui le formulent. Dans la pratique, la difficulté porte rarement sur le mot lui-même. Elle porte sur ce qui l’entoure : la sensation physique au moment de refuser, la peur de ce que l’autre va penser, et la culpabilité qui arrive parfois plusieurs heures plus tard, quand plus rien ne justifie l’inconfort.

    Cet article décrit des repères généraux et cinq situations courantes, avec les formulations qui tiennent le mieux. Il fait suite à S’affirmer sans s’excuser : ce que l’affirmation de soi n’est pas, qui pose la distinction entre passivité, agressivité et affirmation.

    Pourquoi un refus coûte aussi cher

    Trois mécanismes se combinent, et il est plus utile de les reconnaître que de se reprocher de ne pas y arriver.

    Le premier est un apprentissage. Dans certains environnements familiaux, scolaires ou professionnels, un refus a été suivi de conséquences réelles : reproche, moquerie, mise à l’écart, retrait d’affection. Le lien s’installe entre « je refuse » et « quelque chose de désagréable arrive », et il continue de fonctionner longtemps après que le contexte a changé.

    Le deuxième est l’évitement. Accepter fait baisser la tension immédiatement, et ce soulagement est bien réel. C’est précisément ce qui pose problème : chaque acceptation qui fait retomber la pression rend la suivante plus probable, et rend la situation redoutée un peu plus impressionnante. L’Inserm décrit ce cercle pour les conduites d’évitement dans les troubles anxieux, où l’évitement soulage à court terme et entretient la difficulté à long terme.

    Le troisième est une confusion de niveau : refuser une demande est entendu comme rejeter une personne. Tant que les deux restent superposés, tout refus prend la dimension d’une rupture, et la culpabilité qui suit devient logique. Séparer les deux est souvent le premier objectif du travail, avant toute technique.

    Trois outils qui reviennent dans toutes les situations

    Le message en « je »

    Il consiste à énoncer ce qui vous concerne (ce que vous constatez, ce que cela produit chez vous, ce que vous demandez) plutôt qu’à qualifier l’autre. « Je ne peux pas ce soir » plutôt que « tu me demandes toujours tout à la dernière minute ». L’intérêt n’est pas la politesse : une phrase qui commence par « tu » appelle une défense, et la discussion se déplace immédiatement sur le procès d’intention, alors que la demande initiale, elle, reste entière.

    Le refus court

    Plus un refus s’accompagne de justifications empilées, plus il offre de prises. Chaque raison donnée devient un argument à démonter : si vous ne pouvez pas parce que vous gardez un enfant, on vous proposera une solution de garde. Une raison suffit, ou aucune. « Je ne suis pas disponible » est une phrase complète, et le réflexe de la compléter est justement ce qui se travaille.

    La technique dite du disque rayé

    Formalisée par le psychologue américain Manuel J. Smith dans les années 1970, elle consiste à répéter calmement la même position, à peu près dans les mêmes termes, sans monter le ton et sans ajouter de nouveaux arguments, quelle que soit la manière dont la demande revient. On peut accuser réception de ce que dit l’autre, puis reposer la phrase à l’identique. Ce qui la rend efficace n’est pas la fermeté du ton, c’est la stabilité du contenu : il n’y a plus rien de nouveau à discuter.

    Un refus tient à trois choses : il est bref, il porte sur la demande et non sur la personne, et il ne change pas de contenu quand il est répété. Le reste, ton, sourire, formule d’ouverture, est accessoire.

    Cinq situations, et comment les tenir

    Les situations suivantes sont fictives et composites. Elles servent de support, pas de modèle à appliquer tel quel : une formulation ne vaut que replacée dans une relation et un contexte donnés.

    1. La demande de dernière minute au travail

    Un collègue demande vendredi en fin de journée de reprendre un dossier pour le lundi matin. La réponse affirmée sépare le refus et l’alternative : « je ne peux pas le prendre ce week-end. Je peux m’y mettre lundi en début de matinée. » Proposer une alternative n’est pas une obligation, mais cela évite que le refus soit lu comme un désengagement. Le piège classique est d’ajouter « désolée, vraiment, c’est parce que… » : la phrase se transforme alors en demande d’autorisation.

    2. Le service demandé par un proche

    Un parent demande un déplacement long, un prêt d’argent, une garde régulière. La difficulté vient de l’histoire de la relation, qui rend le refus beaucoup plus lourd qu’il ne l’est objectivement. Deux repères aident. D’abord, différer la réponse est légitime : « je te réponds demain » vaut mieux qu’un oui immédiat que vous regretterez. Ensuite, le refus peut reconnaître la demande sans l’accepter : « je comprends que tu comptes sur moi, et je ne peux pas prendre ça. »

    3. L’invitation que vous n’avez pas envie d’honorer

    C’est la situation où la fabrication d’excuses est la plus forte, parce qu’il semble impossible de dire simplement qu’on n’en a pas envie. Or « je ne viendrai pas cette fois, merci de m’avoir proposé » se tient sans mensonge. L’excuse inventée a un coût rarement anticipé : elle doit être maintenue, et elle installe l’idée qu’un refus n’est acceptable que s’il est empêché par une force extérieure.

    4. La demande qui revient après un premier refus

    C’est la situation type du disque rayé. L’autre reformule, minimise (« ça te prendra dix minutes »), ou invoque la relation (« après tout ce que j’ai fait pour toi »). La règle est de ne pas alimenter : pas de nouvel argument, pas de justification supplémentaire, la même phrase reposée. Si l’insistance se répète malgré un refus clair, la question n’est plus celle de la formulation mais celle du fonctionnement de la relation, ce qui est un sujet différent.

    5. Revenir sur un accord déjà donné

    Beaucoup de personnes s’interdisent cette possibilité, alors qu’elle règle une bonne partie des oui donnés trop vite. Changer d’avis est un droit ordinaire, et l’annoncer tôt est plus respectueux pour tout le monde qu’un désengagement de dernière minute : « j’ai dit oui un peu vite, je ne vais pas pouvoir, je préfère te le dire maintenant. » Ce droit figure dans la liste des droits dits assertifs formalisée par Manuel J. Smith, avec celui de dire « je ne sais pas ».

    Ce que ces techniques ne font pas

    • Elles ne garantissent aucun résultat. Un refus bien formulé peut très bien mal se passer. Ce qui dépend de vous est la manière dont la position est posée, pas la réaction de l’autre.
    • Elles ne suppriment pas la culpabilité sur le moment. L’inconfort accompagne encore longtemps les premiers refus. Ce que la répétition modifie, progressivement et sans calendrier prévisible, c’est son intensité et sa durée.
    • Elles ne conviennent pas aux situations d’emprise, de harcèlement ou de violence. Face à une personne qui ne tient aucun compte des refus, répéter une phrase ne protège pas et peut exposer. Ces situations relèvent d’un accompagnement adapté et, selon les cas, de démarches de protection ou de signalement.
    • Ce ne sont pas des techniques d’influence. L’affirmation de soi est née dans le champ du soin. Utilisée pour obtenir quelque chose de quelqu’un, elle change de nature.

    Par où commencer

    Un travail d’affirmation de soi commence rarement par la situation la plus difficile. Il s’organise par degrés : repérer les situations concernées, les classer du moins au plus coûteux, s’entraîner en jeu de rôle, puis appliquer en partant du bas de la liste. La Haute Autorité de santé cite l’affirmation de soi parmi les composantes des thérapies comportementales et cognitives proposées dans le trouble anxiété sociale, aux côtés de la thérapie cognitive et de l’exposition. Psycom la présente dans les mêmes termes, comme un ensemble de techniques qui s’apprennent.

    Le format groupe a un intérêt particulier ici, puisqu’il fournit de vrais interlocuteurs pour les jeux de rôle et montre que la difficulté est largement partagée. Sur ce que produit le collectif, voir Groupes de parole : ce qu’ils apportent, et pourquoi ça marche. Quand l’accumulation de ce qui n’a pas été refusé a déjà produit un épuisement, la question se pose différemment, et le travail commence souvent ailleurs : voir Burn-out : reconnaître l’épuisement professionnel.

    Questions fréquentes

    • Faut-il refuser plus souvent ? Non. L’objectif n’est pas d’augmenter le nombre de refus, mais de faire en sorte que les oui soient des choix et non des réflexes.
    • Et si la relation se dégrade après un refus ? Cela arrive, et c’est une information sur l’équilibre de la relation. Cette éventualité se prépare avant, plutôt que de se découvrir au moment où elle se produit.
    • Peut-on travailler cela en visioconférence ? Oui, jeux de rôle compris. Sur les conditions de ce format, voir La thérapie en visio est-elle efficace ?

    Sources

    Marie Bézille, psychologue clinicienne. Article à visée informative, qui ne remplace pas un entretien individuel.

    Pour aller plus loin

    Si ces situations vous parlent et que vous souhaitez en discuter, vous pouvez prendre rendez-vous en visioconférence ou poser votre question depuis la page dédiée. Un premier échange sert à préciser ce qui vous pose problème et à voir si ce type de travail correspond à votre demande.

  • S’affirmer sans s’excuser : ce que l’affirmation de soi n’est pas

    On imagine souvent l’affirmation de soi comme une question de tempérament : il y aurait ceux qui savent dire les choses, et les autres. C’est une compétence, elle s’apprend, et elle consiste beaucoup moins à s’imposer qu’on ne le croit.

    Avertissement. Cet article a une visée informative et générale. Il ne remplace pas un entretien individuel et ne constitue pas un conseil clinique adressé à une situation particulière. Les exemples cités sont fictifs ou composites.

    Numéros utiles, joignables immédiatement : 3114 (souffrance psychique et prévention du suicide, 24 h/24, gratuit), 15 ou 112 en cas d’urgence vitale, 116 006 (aide aux victimes), 3919 (violences faites aux femmes). Voir aussi la page Aide et urgences.

    « Je n’arrive pas à m’affirmer » recouvre des réalités assez différentes : ne pas parvenir à refuser, ne pas oser demander, s’excuser d’exister dans une réunion, ou au contraire monter d’un ton dès qu’un désaccord apparaît. Avant de décrire ce qu’est un travail d’affirmation de soi, il est utile de commencer par l’inverse, parce que beaucoup de blocages viennent de là : on renonce à s’affirmer en se faisant de l’affirmation une idée qui, en réalité, n’en est pas une.

    Trois façons de répondre à une même situation

    La distinction classique, en thérapie comportementale et cognitive, oppose trois modes de réponse. Elle est schématique, mais elle rend visible ce qui se joue dans un échange ordinaire. Situation fictive : une collègue demande, un vendredi à 17 heures, de reprendre un dossier pour le lendemain matin.

    La réponse passive

    On accepte. On ne dit rien du week-end déjà pris ni du fait que ce dossier n’est pas le sien. Le désaccord existe, mais il reste à l’intérieur. Cette réponse a sa logique : elle évite un risque immédiat, celui du conflit ou du rejet. Son coût est différé, sous forme de ressentiment accumulé, d’une image de soi qui s’abîme, et parfois d’une explosion tardive sans rapport avec l’événement qui la déclenche.

    La réponse agressive

    On refuse en attaquant : « c’est toujours pareil avec toi », « tu t’y prends encore à la dernière minute ». Le besoin est exprimé, mais au prix de la relation, et le message qui arrive n’est pas celui qu’on voulait faire passer. Variante fréquente, la réponse passive-agressive : on accepte de bouche, puis on traîne, on oublie, on fait mal. Le refus est là, il n’est simplement pas dit.

    La réponse affirmée

    On dit ce qui est, sans attaquer et sans se justifier longuement : « je ne peux pas ce week-end. Je peux m’y mettre lundi matin en priorité. » Deux éléments sont présents en même temps : l’expression de sa propre position, et la prise en compte de celle de l’autre. C’est exactement la définition retenue par Psycom, qui décrit l’affirmation de soi comme le fait d’exprimer nos émotions et nos besoins tout en respectant ceux des autres.

    Un repère simple : la passivité respecte l’autre et pas soi, l’agressivité respecte soi et pas l’autre, l’affirmation tient les deux à la fois. C’est ce double maintien qui la rend difficile, et non le fait de parler fort.

    Ce que l’affirmation de soi n’est pas

    • Ce n’est pas obtenir gain de cause. Une demande affirmée peut être refusée. L’affirmation porte sur la manière dont vous formulez votre position, pas sur la réponse de l’autre, qui ne vous appartient pas. Un travail qui promettrait d’obtenir ce que l’on veut ne serait pas un travail d’affirmation de soi.
    • Ce n’est pas dire tout ce que l’on pense. La franchise sans filtre relève souvent de l’agressivité. S’affirmer suppose de choisir ce qui est utile de dire, à qui, et à quel moment.
    • Ce n’est pas un trait de personnalité. Il s’agit d’un ensemble de comportements sociaux, sensibles au contexte. La même personne peut être très à l’aise pour poser un cadre au travail et incapable de refuser un service à un parent.
    • Ce n’est pas de la confiance en soi. Les deux se nourrissent l’une l’autre, mais elles ne se confondent pas, et attendre d’avoir confiance pour s’affirmer conduit le plus souvent à attendre longtemps. Ce point fera l’objet d’un article distinct.
    • Ce n’est pas une technique de performance. L’affirmation de soi est née dans le champ du soin, pas dans celui de la négociation commerciale. Son objet est de réduire une souffrance relationnelle, pas d’augmenter un pouvoir d’influence.
    • Ce n’est pas une réponse universelle. Face à des situations d’emprise, de harcèlement ou de violence, s’affirmer davantage ne suffit pas et peut exposer. Ces situations relèvent d’un accompagnement spécifique, et parfois de démarches de protection.

    Pourquoi on confond affirmation et conflit

    Cette confusion a des raisons repérables, et il est plus efficace de les identifier que de se reprocher son propre fonctionnement.

    La première tient à l’apprentissage. Dans certains milieux familiaux ou professionnels, exprimer un désaccord a été suivi de conséquences réelles : moquerie, punition, mise à l’écart. Le lien entre « je dis non » et « quelque chose de mauvais arrive » s’installe alors durablement, et continue de fonctionner longtemps après que le contexte a changé.

    La deuxième tient à l’évitement. Se taire fait baisser la tension immédiatement. Ce soulagement est réel, et c’est précisément ce qui renforce le comportement : chaque évitement réussi rend le suivant plus probable, et rend la situation évitée un peu plus impressionnante. C’est le même mécanisme que celui décrit dans d’autres troubles anxieux, où l’évitement soulage à court terme et entretient le problème à long terme.

    La troisième tient aux modèles disponibles : les exemples visibles de désaccord, dans l’espace public comme sur les réseaux, sont majoritairement agressifs. Il devient logique d’associer « s’affirmer » à « hausser le ton », et de préférer se taire.

    Ce que recouvre un travail d’affirmation de soi

    L’affirmation de soi n’est pas une école de pensée à part : c’est une composante des thérapies comportementales et cognitives. Le guide de la Haute Autorité de santé consacré aux troubles anxieux graves la cite parmi les prises en charge du trouble anxiété sociale, aux côtés de la thérapie cognitive et de la thérapie d’exposition, et la mentionne parmi les exercices concrets proposés entre les séances.

    Concrètement, un travail de ce type s’organise autour de quelques opérations, individuellement ou en groupe :

    • repérer les situations précises où l’affirmation manque, plutôt que de raisonner sur un caractère global ;
    • identifier ce qui est redouté dans ces situations, et vérifier ce qui se produit réellement ;
    • apprendre des formulations, par exemple le message en « je », la demande simple, le refus sans justification interminable ;
    • s’entraîner en jeu de rôle, ce qui reste la partie la plus utile et la plus inconfortable ;
    • appliquer progressivement dans la vie réelle, en commençant par les situations les moins coûteuses.

    Sur le refus en particulier, qui est de loin la situation la plus souvent amenée en consultation, voir Dire non sans culpabiliser : cinq situations et comment les tenir, qui détaille ces formulations et leurs limites.

    Le format groupe présente ici un avantage : il fournit des interlocuteurs réels pour les jeux de rôle, et il montre que la difficulté est partagée, ce qui allège la honte qui l’accompagne souvent. Sur ce que produit le collectif, voir Groupes de parole : ce qu’ils apportent, et pourquoi ça marche.

    À qui ce travail s’adresse

    Il n’existe pas de profil unique. Les motifs sont plutôt des situations : une charge de travail qui augmente parce que les demandes ne sont jamais refusées, une relation familiale où l’on se sent réduit·e à un rôle, un épuisement lié à l’accumulation de ce que l’on n’a pas su dire. Sur ce dernier point, voir Burn-out : reconnaître l’épuisement professionnel.

    Une précision s’impose : l’affirmation de soi n’est pas une méthode qui guérit, et aucun résultat ne peut être promis à l’avance. C’est un apprentissage progressif, dont l’effet dépend de la situation de chacun·e et de ce que l’entourage renvoie. Il arrive aussi que le travail fasse apparaître autre chose, une anxiété plus large ou des événements anciens, auquel cas l’accompagnement se réoriente.

    Questions fréquentes

    • Est-ce que cela veut dire devenir quelqu’un d’autre ? Non. Il s’agit d’élargir un répertoire de réponses, pas de changer de tempérament. Une personne réservée peut être très affirmée.
    • Faut-il un diagnostic pour entreprendre ce travail ? Non. La difficulté à s’affirmer est fréquente en dehors de tout trouble constitué. Elle est simplement plus marquée dans certaines situations cliniques, dont l’anxiété sociale.
    • Combien de temps cela prend-il ? Aucune durée standard ne peut être annoncée sans connaître la situation. Les protocoles décrits dans la littérature sont structurés en séances successives, avec des exercices entre les rendez-vous.
    • Est-ce possible en visioconférence ? Oui, jeux de rôle compris. Sur les conditions de ce format, voir La thérapie en visio est-elle efficace ?

    Sources

    Marie Bézille, psychologue clinicienne. Article à visée informative, qui ne remplace pas un entretien individuel.

    Pour aller plus loin

    Si ces situations vous parlent et que vous souhaitez en discuter, vous pouvez prendre rendez-vous en visioconférence ou poser votre question depuis la page dédiée. Un premier échange sert à préciser ce qui vous pose problème et à voir si ce type de travail correspond à votre demande.

  • Attestation de suivi psychologique : ce que le juge reçoit

    L’attestation de suivi est le seul document qui circule entre un cabinet de psychologue et l’institution judiciaire. Elle tient en quelques lignes, et ces quelques lignes sont strictement délimitées : elles disent qu’un suivi a lieu, jamais ce qui s’y dit.

    Avertissement. Cet article ne constitue ni un conseil juridique ni une garantie que ce suivi sera accepté par votre juge d’application des peines. Le contrôle de la mesure appartient au magistrat et au service qui en assure le suivi.

    Numéros utiles, joignables immédiatement : 3114 (souffrance psychique et prévention du suicide, 24 h/24, gratuit) — 116 006 (aide aux victimes) — 119 (enfance en danger) — 3919 (violences faites aux femmes). Voir aussi la page Aide et urgences.

    C’est une inquiétude constante chez les personnes suivies dans le cadre d’une obligation de soins : que contient exactement le papier remis au conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, et jusqu’où un magistrat peut-il lire dans un suivi psychologique ? La réponse est plus courte que ce que l’on imagine. Cet article décrit ce qu’une attestation de suivi peut contenir, ce qu’elle ne contient jamais, et par quel circuit elle parvient à l’institution. Sur la distinction entre les deux mesures que l’on confond le plus souvent, voir Obligation ou injonction de soins : quelle différence ?

    Pourquoi une attestation est demandée

    Ce que la décision impose, et ce qu’elle ne dit pas

    L’obligation de soins figure au 3° de l’article 132-45 du code pénal, qui permet à la juridiction d’imposer à une personne condamnée de « se soumettre à des mesures d’examen médical, de traitement ou de soins, même sous le régime de l’hospitalisation ». Le texte s’arrête là. Il n’évoque ni attestation, ni certificat, ni forme particulière de justificatif — alors que d’autres obligations du même article imposent explicitement de « justifier » de quelque chose.

    L’attestation de suivi est donc née de la pratique du contrôle, non d’une exigence formelle inscrite dans le code. Cela explique une chose souvent déroutante pour les personnes concernées : les documents attendus varient d’un service à l’autre, d’un conseiller à l’autre, sans qu’aucun modèle officiel ne s’impose.

    Ce que le service de probation contrôle réellement

    Le service pénitentiaire d’insertion et de probation veille au respect des obligations, et les manquements constatés font l’objet de rapports au magistrat. Ce qu’il vérifie est l’effectivité de la démarche : la personne consulte-t-elle, avec quelle régularité, auprès d’un professionnel identifiable. La documentation de référence sur les soins pénalement ordonnés emploie une formule qui dit bien la portée du document : la personne condamnée « sollicite le soignant pour obtenir une attestation de présence nécessaire à justifier de l’effectivité de son suivi ».

    Attestation de présence. Le terme est plus exact que celui d’attestation de suivi, et il décrit précisément ce que l’institution est en droit d’obtenir.

    Ce qu’une attestation peut contenir

    Les éléments factuels

    • L’identité de la personne reçue.
    • L’existence d’un suivi psychologique en cours.
    • La date de la première consultation et la période couverte par l’attestation.
    • La régularité constatée : nombre de séances, fréquence, éventuelles interruptions.
    • Les modalités : consultation au cabinet ou en visioconférence.
    • Le cas échéant, la poursuite du suivi telle qu’elle est prévue à la date de rédaction.

    Les mentions qui rendent le document recevable

    L’article 18 du code de déontologie des psychologues, dans sa version de 2021, énonce que les documents émanant d’un·e psychologue « sont datés, portent son identité, son titre, son numéro d’inscription sur les registres légaux en vigueur, ses coordonnées professionnelles, sa signature ainsi que la·le destinataire et l’objet de son écrit ». Le même article précise que seul l’auteur·e du document est habilité·e à le signer, le modifier ou l’annuler.

    Ces mentions ne sont pas décoratives. En pratique, une attestation renvoyée par un service l’est plus souvent pour une omission formelle — période non précisée, numéro d’inscription absent, objet flou — que pour un contenu jugé insuffisant.

    Un repère simple : une attestation atteste d’un cadre, pas d’un contenu. Elle répond à la question « cette personne vient-elle ? », jamais à la question « que dit-elle ? ».

    Ce qu’une attestation ne contient jamais

    L’article 15 du code de déontologie encadre les conclusions écrites : elles répondent « avec prudence et discernement à la demande ou à la question posée », et lorsqu’elles sont transmises à un tiers, elles ne comportent les éléments d’ordre psychologique qui les fondent que si cela est nécessaire, avec information préalable ou assentiment de la personne concernée. Appliqué à une attestation destinée à un contrôle judiciaire, ce principe conduit à écarter systématiquement plusieurs contenus.

    • Le contenu des séances. Ni résumé, ni thème, ni citation. C’est la règle la plus stable, et elle vaut aussi quand la personne y consentirait.
    • Une appréciation sur les faits. Le psychologue n’a pas accès au dossier pénal et n’a pas à se prononcer sur ce qui a été jugé.
    • Une évaluation du risque de récidive ou de la dangerosité. Cette question relève de l’expertise, mission distincte confiée par un magistrat à un professionnel désigné pour cela. Les deux rôles sont incompatibles sur une même personne.
    • Un avis sur un tiers. La Commission nationale consultative de déontologie des psychologues le rappelle régulièrement : un psychologue ne se prononce pas sur une personne qu’il n’a pas reçue, quel que soit ce qui lui en a été rapporté en séance.
    • Une appréciation de la sincérité ou de la qualité de l’engagement. L’implication d’une personne dans un travail psychique n’est pas mesurable et n’a pas à figurer dans un document de contrôle.
    • Une garantie de résultat. Aucun suivi psychologique, ordonné ou non, ne peut être présenté comme efficace par avance.

    Aucun modèle téléchargeable n’est proposé sur ce site, et c’est délibéré. Un formulaire préparé à l’avance incite à remplir des rubriques qui n’ont pas lieu d’exister, et un écrit de psychologue engage la responsabilité de la personne qui le signe. Une attestation se rédige au cas par cas, en fonction de ce que la mesure exige et de ce que le suivi permet effectivement d’attester.

    À qui l’attestation est remise

    Le circuit est constant, et il est moins connu qu’il ne devrait l’être. La documentation de référence indique que le professionnel « délivre des attestations de suivi du traitement à intervalles réguliers, afin de permettre à la personne mise en cause ou condamnée de justifier auprès du service pénitentiaire d’insertion et de probation ». Autrement dit : l’attestation est remise à la personne suivie, et c’est elle qui la transmet.

    Deux conséquences pratiques en découlent. La personne concernée a toujours le document en main avant l’institution : rien ne lui est transmis dans son dos. Et le psychologue n’entretient pas de relation directe avec le service, sauf demande formalisée, portée à la connaissance de la personne — l’article 10 du code de déontologie impose que les destinataires des conclusions lui soient clairement indiqués.

    Le cas de l’injonction de soins obéit à une logique différente : un médecin coordonnateur s’y intercale entre le thérapeute et le juge, et transmet à ce dernier les informations utiles au contrôle de la mesure. Confondre les deux dispositifs conduit à s’attendre à un circuit qui n’est pas celui de son propre dossier.

    Trois demandes fréquentes, et ce qui leur est répondu

    Les situations ci-dessous sont composites et fictives. Elles illustrent des demandes courantes, sans correspondre à une personne réelle.

    • « Pouvez-vous écrire que j’ai pris conscience de la gravité des faits ? » Non. Ce serait à la fois un avis sur les faits et une appréciation du travail psychique, deux contenus exclus. Une attestation qui contiendrait cette phrase serait d’ailleurs peu crédible pour son destinataire.
    • « Mon conseiller demande un bilan détaillé. » Le professionnel délivre une attestation conforme à ce qu’il peut attester. Si un écrit plus étoffé est réellement attendu, il revient au magistrat de le demander formellement, dans un cadre où la personne est informée de ce qui sera transmis.
    • « Pouvez-vous couvrir la période où je ne suis pas venu ? » Non. Une attestation ne peut porter que sur des séances effectivement réalisées. Au-delà de la question déontologique, une attestation inexacte expose son auteur·e à des poursuites — et fragilise la personne qui la produit.

    Questions fréquentes

    • À quelle fréquence obtient-on une attestation ? Aucune règle ne la fixe. Le rythme s’aligne en général sur les convocations du service de probation, souvent trimestrielles ou semestrielles.
    • Est-elle facturée ? Les pratiques diffèrent : certains professionnels la facturent, d’autres l’incluent dans le suivi. La question se pose dès la première séance, l’article 25 du code de déontologie imposant une information préalable sur les honoraires.
    • Peut-on lire l’attestation avant de la transmettre ? Oui, puisqu’elle est remise à la personne concernée. Rien n’oblige à la transmettre en l’état si elle comporte une erreur factuelle : une correction peut être demandée à son auteur·e, seul habilité·e à la modifier.
    • Que faire si le service la juge insuffisante ? Demander précisément ce qui manque, puis solliciter une nouvelle attestation. Il s’agit presque toujours d’une mention formelle absente, non de contenu clinique.
    • Un suivi en visioconférence donne-t-il lieu aux mêmes attestations ? Oui, la modalité y est simplement mentionnée. Les pratiques des services varient : voir Obligation de soins : trouver un psychologue en visio.

    Sources

    Marie Bézille, psychologue clinicienne. Article à visée informative, qui ne remplace pas un entretien individuel.

    Pour aller plus loin

  • Suivi psy sous obligation de soins : comment ça se passe

    Une décision de justice peut imposer de consulter. Elle ne peut pas imposer de parler, ni garantir que le travail engagé produise quelque chose. Tout l’enjeu d’un suivi ordonné tient dans cet écart, et il vaut mieux le connaître avant la première séance qu’après.

    Avertissement. Cet article ne constitue ni un conseil juridique ni une garantie que ce suivi sera accepté par votre juge d’application des peines. Le contrôle de la mesure appartient au magistrat et au service qui en assure le suivi.

    Numéros utiles, joignables immédiatement : 3114 (souffrance psychique et prévention du suicide, 24 h/24, gratuit) — 116 006 (aide aux victimes) — 119 (enfance en danger) — 3919 (violences faites aux femmes). Voir aussi la page Aide et urgences.

    Les personnes qui arrivent en consultation dans le cadre d’une obligation de soins posent presque toujours les mêmes questions, et rarement à voix haute : est-ce que ce que je dis ici va remonter ? Qu’est-ce qu’on attend de moi ? Combien de temps ? Cet article décrit le déroulement habituel d’un tel suivi, du côté du psychologue, et les règles qui l’encadrent. Sur la distinction entre les deux mesures qu’on confond le plus souvent, voir Obligation ou injonction de soins : quelle différence ?

    Un soin ordonné, un consentement recherché : le paradoxe de départ

    Ce que la justice impose

    L’obligation de soins figure parmi les mesures des articles 132-44 et 132-45 du code pénal. Elle peut être prononcée à différents moments de la procédure et pour tout type d’infraction, sans expertise psychiatrique préalable. Ce qu’elle impose est précis et limité : se soumettre à des mesures de soins et en justifier. Le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) vérifie que les obligations sont respectées, et les manquements constatés font l’objet de rapports au magistrat.

    Ce que la justice n’impose pas

    Le contenu des séances ne relève d’aucune autorité judiciaire. La documentation de référence sur les soins pénalement ordonnés est explicite : aucune juridiction, aucun magistrat, aucun conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation ne peut intervenir dans le déroulement des soins. Les modalités de la prise en charge relèvent du professionnel qui l’assure — médecin, psychiatre ou psychologue.

    Ce que le code de déontologie exige, malgré la contrainte

    Le code de déontologie des psychologues, dans sa version de 2021, énonce à son article 9 que le psychologue recherche systématiquement le consentement libre et éclairé de la personne, et l’informe de façon claire et intelligible des objectifs, des modalités, du coût éventuel et des limites de son intervention. L’article 10 ajoute que, lorsque l’intervention se déroule dans un contexte de contrainte légale, les destinataires des conclusions doivent être clairement identifiés à la personne.

    Ces deux exigences ne s’annulent pas : elles se répartissent. La venue est obligatoire, l’adhésion au travail ne l’est pas et ne peut pas l’être. Un psychologue n’a aucun moyen — ni aucun mandat — de contraindre quelqu’un à s’impliquer. Ce qu’il peut faire, c’est rendre le cadre suffisamment lisible pour qu’une décision de s’impliquer devienne possible.

    La formule la plus juste est aussi la plus simple : la mesure oblige à venir, pas à dire. C’est cette limite qui rend le travail possible, et non l’inverse.

    Comment se déroule concrètement le suivi

    La première séance

    Elle sert d’abord à poser le cadre, avant tout contenu clinique. Sont abordés : ce qui sera transmis et à qui, ce qui ne le sera jamais, le rythme des rendez-vous, la conduite à tenir en cas d’absence, la durée prévisible, le coût. La question du motif judiciaire est posée, mais la personne n’est pas tenue d’exposer les faits pour que le suivi commence. Beaucoup de professionnels demandent à voir la décision ou le document remis par le service de probation, afin de savoir ce que la mesure exige exactement — les libellés varient sensiblement d’un dossier à l’autre.

    Le rythme et la durée

    Il n’existe pas de fréquence réglementaire. Un rythme bimensuel, puis mensuel, est courant, mais il se décide au cas par cas, en tenant compte de ce que la mesure prévoit et de ce que la situation clinique appelle. La durée suit celle de la mesure, qui s’étale généralement sur plusieurs mois à plusieurs années. Le suivi peut se poursuivre après l’extinction de l’obligation, sur demande de la personne : c’est fréquent, et c’est souvent à ce moment-là que le travail change de nature.

    Les attestations

    Le professionnel délivre des attestations de suivi à intervalles réguliers, pour permettre à la personne de justifier de sa démarche auprès du service pénitentiaire d’insertion et de probation. Une attestation porte sur des éléments factuels : l’existence du suivi, sa régularité, les dates, le cadre, l’identité et le numéro d’inscription du professionnel. Elle ne rapporte pas le contenu des séances, ne porte aucune appréciation sur les faits et ne se prononce pas sur le risque de récidive.

    Point de procédure souvent ignoré : l’attestation est remise à la personne suivie, qui la transmet elle-même à son conseiller. Le psychologue n’est pas en relation directe avec le service, sauf demande formalisée et portée à la connaissance de la personne concernée.

    Ce que le psychologue ne fait pas dans ce cadre

    • Il n’évalue pas la dangerosité. Cette question relève de l’expertise, qui est une mission distincte, confiée par un magistrat à un professionnel désigné pour cela. Les deux rôles sont incompatibles sur une même personne.
    • Il ne vérifie pas les faits. Ce qui est dit en séance est un matériau clinique, pas une déclaration recueillie à des fins de preuve. Le psychologue travaille sur ce que la personne rapporte, sans avoir à le confirmer ni à le contester.
    • Il ne rend pas compte du contenu du travail. Ni au service de probation, ni au magistrat, ni à la famille. Cette règle vaut aussi quand elle dessert la personne suivie.
    • Il ne garantit aucun résultat. Aucun suivi psychologique, ordonné ou non, ne peut être promis comme efficace. Ce qui peut être décrit, c’est un cadre et une méthode de travail.

    La contrepartie de ces limites est le secret professionnel, qui connaît des exceptions prévues par la loi. L’article 17 du code de déontologie prévoit que, face à des situations risquant de porter atteinte à l’intégrité psychique ou physique d’une personne, le psychologue évalue avec discernement la conduite à tenir, dans le respect du secret professionnel et des obligations légales. Ces exceptions sont annoncées dès le premier entretien, et non découvertes en cours de route.

    Ce que la contrainte fait au travail clinique

    Trois positions fréquentes au départ

    Les situations décrites ci-dessous sont composites et fictives. Elles illustrent des configurations rencontrées couramment, sans correspondre à une personne réelle.

    • La position administrative. Venir, signer, repartir. La demande adressée au psychologue est celle d’un justificatif, rien de plus. Cette position est parfaitement recevable au départ : elle a l’avantage d’être franche, et elle constitue un point de départ de travail comme un autre.
    • La position défensive. Le cadre judiciaire est vécu comme une accusation qui se prolonge, et le psychologue comme un prolongement du contrôle. Clarifier ce qui est transmis, et surtout ce qui ne l’est pas, occupe alors les premières séances.
    • La demande masquée. Une difficulté antérieure, sans lien direct avec les faits — souvent une histoire de violences subies — apparaît une fois le cadre posé. La mesure judiciaire aura servi de porte d’entrée à une demande qui n’en trouvait pas.

    Ce qui fait bouger les choses

    La motivation initiale prédit mal la suite. Une personne peut venir strictement pour obtenir un papier et s’engager réellement plusieurs mois après ; l’inverse existe aussi. C’est une raison de ne pas juger une demande sur son apparence de départ.

    Les antécédents de victimisation sont fréquents chez les personnes suivies dans ce cadre, et ils sont rarement énoncés spontanément. Sur les manifestations d’un psychotraumatisme, voir Psychotraumatisme : reconnaître les signes d’un stress post-traumatique.

    Les questions les plus souvent posées

    • Le psychologue peut-il refuser de me suivre ? Oui. Un professionnel peut décliner une prise en charge, notamment s’il estime ne pas disposer des compétences requises, et il oriente alors vers un autre praticien ou une structure.
    • Puis-je changer de psychologue ? Oui, dans le cadre d’une obligation de soins. Il est prudent d’en informer le service de probation pour éviter une rupture apparente dans les justificatifs.
    • Le suivi peut-il se faire en visioconférence ? Aucun texte ne l’interdit, mais les pratiques varient selon les services. La question est traitée dans Obligation de soins : trouver un psychologue en visio.
    • Est-ce remboursé ? En libéral, généralement pas. Les centres médico-psychologiques (CMP) et, pour les situations liées aux addictions, les CSAPA proposent des consultations gratuites.
    • Que se passe-t-il si je n’y vais pas ? Le manquement est signalé au magistrat, qui apprécie les suites. Elles peuvent aller jusqu’à la révocation de la mesure.

    Sources

    Marie Bézille, psychologue clinicienne. Article à visée informative, qui ne remplace pas un entretien individuel.

    Pour aller plus loin